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Sénégal–France : la suspension des extraditions fait ressurgir l’affaire Madiambal Diagne

 

« La coopération judiciaire n’est pas unilatérale », a martelé la ministre sénégalaise de la Justice, Yassine Fall, en annonçant la suspension immédiate des extraditions vers la France. Une décision rare, prise au nom de la réciprocité, qui vient brusquement raviver un dossier sensible : celui de l’extradition de Madiambal Diagne, actuellement entre les mains de la justice française.

 

Dakar accuse Paris d’un manque d’engagement

 

Selon les explications du gouvernement sénégalais, l’accord bilatéral signé en 2021 serait appliqué « à sens unique ». Sur les dix-neuf demandes françaises adressées à Dakar ces deux dernières années, trois ont reçu une réponse favorable. En revanche, les autorités sénégalaises affirment que deux de leurs requêtes visant un homme d’affaires et un patron de presse installés en France seraient restées lettre morte.

 

Pour Yassine Fall, il ne s’agit pas d’un simple retard administratif : « Les accords internationaux ne sont viables que lorsqu’ils sont appliqués avec la même rigueur par les deux parties. » Dakar estime donc justifié de suspendre la coopération tant que Paris ne fournit pas d’explications sur ces blocages. Cette posture s’inscrit dans un climat diplomatique déjà chargé, où le Sénégal revendique davantage d’autonomie face à son partenaire historique.

 

Les avocats de Madiambal Diagne dénoncent une « pression diplomatique »

 

Quelques heures seulement après l’annonce sénégalaise, le collectif d’avocats de Madiambal Diagne a réagi avec vigueur. Pour eux, cette décision n’a rien de technique : elle viserait à influencer la procédure actuellement examinée par la chambre de l’instruction de Versailles.

 

Les avocats rappellent qu’un arrêt rendu le 25 novembre 2025 a relevé de sérieux vides dans le dossier transmis par Dakar : imprécisions sur les dates, absence d’indication des lieux des faits, flou autour des infractions reprochées et documents manquants. Autant d’éléments qui ont conduit les juges français à exiger des pièces complémentaires d’ici au 23 janvier 2026.

 

Selon le collectif, ces insuffisances auraient même pu justifier un rejet immédiat. Ils parlent d’un dossier « faible », animé par des poursuites « à coloration politique », ce qui expliquerait l’incapacité du Sénégal à satisfaire les exigences de la justice française.

 

Une suspension lourde de conséquences diplomatiques

 

Pour les avocats, la décision de Dakar révèle surtout la fragilité de son dossier. En rejetant la responsabilité sur la France, le gouvernement sénégalais chercherait selon eux à masquer certaines incohérences. Ils affirment que la justice française, indépendante, ne se laissera pas influencer par ce bras de fer diplomatique.

 

Mais au-delà du cas Diagne, cette suspension risque de peser sur la coopération judiciaire entre les deux pays, jusque-là essentielle dans les dossiers de criminalité financière, de cyberfraude ou de poursuites transnationales impliquant des ressortissants sénégalais et français. Plusieurs analystes estiment que ce nouvel épisode ouvre une séquence de tension inédite dans les relations franco-sénégalaises.

 

Une tendance continentale à la réaffirmation de la souveraineté judiciaire

 

Le Sénégal n’est pas un cas isolé : dans plusieurs pays africains, la coopération judiciaire avec les partenaires occidentaux est devenue un terrain de friction. Le Nigeria avait déjà protesté contre le Royaume-Uni en 2022, jugeant Londres peu coopératif dans une affaire de détournement de fonds. Le Rwanda et l’Afrique du Sud ont connu une longue période de gel judiciaire entre 2014 et 2016. Au Kenya, des critiques similaires avaient émergé en 2020 autour d’une affaire de corruption impliquant la justice française.

 

Ces épisodes, souvent très médiatisés, témoignent d’une volonté croissante des États africains de reposer les bases de la coopération judiciaire internationale : plus de transparence, plus de réciprocité, et moins d’asymétries héritées du passé.

 

Pour l’instant, Paris n’a pas officiellement réagi à la décision de Dakar. Les prochains jours diront si cette suspension restera un geste symbolique ou ouvrira un cycle durable de tensions diplomatiques, avec l’affaire Madiambal Diagne comme révélateur des fragilités actuelles.

 

Oura KANTE

Malikunafoni

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