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Sénégal – Affaire des 125 milliards FCFA : une liberté surveillée qui relance un dossier tentaculaire

 

« La justice doit aller jusqu’au bout, sans faiblesse ni précipitation. » Cette exigence, souvent répétée dans le débat public sénégalais, trouve un nouvel écho après la décision rendue le lundi 12 janvier par la Cour suprême. L’institution a autorisé la mise en liberté provisoire, sous contrôle judiciaire, de Farba Ngom et de Tahirou Sarr, deux figures centrales d’un dossier financier estimé à 125 milliards de francs CFA.

 

Après près de onze mois de détention préventive, l’ancien député-maire des Agnam et l’homme d’affaires vont désormais poursuivre la procédure hors des murs de la prison. Une évolution majeure dans une affaire qui, depuis son éclatement, cristallise les attentes autour de la lutte contre la corruption au Sénégal.

 

Un dossier né d’alertes financières

 

À l’origine de cette affaire, un signalement de la Cellule nationale de traitement des informations financières (CENTIF). L’organisme avait attiré l’attention de la justice sur des mouvements de fonds jugés atypiques, impliquant des montants colossaux. Le Pool judiciaire financier (PJF) s’en est saisi, ouvrant une enquête approfondie sur des circuits financiers soupçonnés d’avoir servi à des opérations illicites.

 

Farba Ngom, personnalité politique influente dans le nord du pays, s’est retrouvé au cœur de la procédure après la levée de son immunité parlementaire par l’Assemblée nationale. Placé sous mandat de dépôt le 27 février 2025, il a été poursuivi pour plusieurs infractions graves, notamment association de malfaiteurs et blanchiment de capitaux. Tahirou Sarr, opérateur économique bien connu, est pour sa part mis en cause pour des faits financiers connexes liés à des opérations qu’il aurait pilotées.

 

La santé, un élément clé du débat judiciaire

 

Si le fond du dossier reste lourd et complexe, la question de la détention a progressivement pris une place centrale dans les débats. Les avocats de Farba Ngom ont, à plusieurs reprises, alerté sur l’état de santé de leur client, estimant que son maintien en prison présentait des risques sérieux.

 

Ces arguments ont conduit la Chambre d’accusation à ordonner son transfert dans une structure hospitalière, sans pour autant lever la détention. Une décision jugée insuffisante par la défense, qui a alors porté l’affaire devant la Cour suprême. C’est dans ce contexte que la haute juridiction a tranché en faveur d’une liberté provisoire, encadrée par des obligations strictes.

 

Une liberté sous conditions

 

Concrètement, Farba Ngom et Tahirou Sarr ne sont ni acquittés ni blanchis. Ils restent à la disposition de la justice, soumis à un contrôle judiciaire qui implique des obligations de comparution et, le cas échéant, des restrictions de déplacement. Ce mécanisme, prévu par le Code de procédure pénale sénégalais, vise à garantir la poursuite sereine de l’instruction tout en respectant les droits fondamentaux des mis en cause.

 

Les conseils des deux hommes ont accueilli la décision avec satisfaction, y voyant la reconnaissance du caractère excessif de la détention prolongée. Ils rappellent toutefois que la bataille judiciaire est loin d’être terminée.

 

Une affaire scrutée par l’opinion

 

Au-delà du sort individuel des prévenus, ce dossier s’inscrit dans un moment politique particulier. Depuis l’arrivée au pouvoir du président Bassirou Diomaye Faye en avril 2024, la promesse d’une gouvernance fondée sur la reddition des comptes est au cœur du discours officiel. Chaque décision judiciaire dans les grandes affaires financières est donc analysée avec attention par l’opinion publique, les acteurs politiques et la société civile.

 

La mise en liberté provisoire marque ainsi une nouvelle étape, sans clore le feuilleton judiciaire. Les prochains actes de l’instruction, et la perspective d’un éventuel procès, seront déterminants pour établir les responsabilités et mesurer la capacité de la justice sénégalaise à traiter, jusqu’à son terme, l’un des dossiers financiers les plus emblématiques de ces dernières années.

 

Oura KANTE

Malikunafoni

 

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