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SÉNÉGAL / ENSEIGNEMENT SUPÉRIEUR : La fuite des cerveaux vers la Guinée relance le débat sur l’encadrement des carrières universitaires

 

Le chiffre a fait l’effet d’un signal d’alarme dans les couloirs de l’enseignement supérieur sénégalais : près de soixante enseignants-chercheurs auraient quitté le pays pour exercer dans la fonction publique d’un autre État. Une situation qui a poussé les autorités à réagir.

 

Ces derniers mois, plusieurs universités publiques de Guinée ont renforcé leurs effectifs académiques en recrutant des enseignants sénégalais. Un mouvement discret mais continu, désormais perçu par Dakar comme une entorse aux règles encadrant le statut des enseignants-chercheurs. Pour le gouvernement sénégalais, ce phénomène pose à la fois un problème juridique et un défi stratégique pour le système universitaire national.

 

Face à cette dynamique, le ministre de l’Enseignement supérieur a adressé une circulaire aux recteurs d’université afin d’obtenir des clarifications précises. L’objectif affiché : comprendre les conditions dans lesquelles ces départs se sont opérés et déterminer les responsabilités administratives éventuelles. Le ministère n’écarte pas la possibilité de mesures disciplinaires, estimant que certains engagements professionnels à l’étranger contreviennent à la législation nationale.

 

Selon les informations communiquées par les services compétents, 59 enseignants-chercheurs seraient concernés. Or, la loi sénégalaise interdit formellement à un agent public d’intégrer la fonction publique d’un autre pays sans autorisation préalable. Pour les autorités, il ne s’agit donc pas seulement d’un choix individuel de carrière, mais d’une question de respect des règles de l’État.

 

Au-delà de l’aspect réglementaire, cette situation met en lumière une concurrence régionale accrue autour des compétences universitaires. La Guinée, en pleine phase de consolidation de son enseignement supérieur, apparaît comme un pôle d’attraction pour des profils expérimentés, formés au Sénégal. Une réalité qui interroge sur l’attractivité des conditions de travail, de rémunération et de progression académique au sein des universités sénégalaises.

 

Le débat dépasse ainsi le cadre disciplinaire. Il pose la question de la rétention des talents, de la valorisation du métier d’enseignant-chercheur et de la coopération universitaire entre États ouest-africains. Entre nécessité de faire respecter la loi et urgence de répondre aux attentes du corps enseignant, les autorités sénégalaises se retrouvent face à un équilibre délicat.

 

Les prochaines décisions du ministère, attendues après les retours des recteurs, devraient permettre d’y voir plus clair. Elles pourraient aussi ouvrir un chantier plus large sur la gouvernance de l’enseignement supérieur et la mobilité académique dans la sous-région.

 

Oura KANTE

Malikunafoni

 

 

 

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