Soudan : à El-Facher, la violence documentée comme une arme de guerre
- malikunafoninet
- il y a 2 jours
- 3 min de lecture

« Nous assistons à des crimes commis sans la moindre tentative de dissimulation. » Ce constat glaçant a été dressé devant le Conseil de sécurité de l’ONU par la Cour pénale internationale (CPI), alors que la ville d’El-Facher, au Darfour, est devenue l’un des symboles les plus sombres de la guerre soudanaise.
Depuis la prise de contrôle de cette localité stratégique par les Forces de soutien rapide (FSR) à l’automne 2025, les enquêteurs internationaux décrivent une spirale de violences méthodiques contre les civils, principalement issus de communautés non arabes. Exécutions, violences sexuelles, détentions arbitraires et actes de torture ne relèveraient plus du chaos du conflit, mais d’un mode opératoire assumé.
Des crimes exhibés, pas cachés
Ce qui distingue la situation actuelle, selon la CPI, c’est la manière dont ces violences sont revendiquées. Des vidéos diffusées sur les réseaux sociaux montreraient des combattants paramilitaires filmant et célébrant leurs exactions. Pour la procureure adjointe Nazhat Shameem Khan, cette mise en scène traduit un sentiment d’impunité profondément enraciné.
Les éléments recueillis par les enquêteurs font également état de fosses communes aux abords d’El-Facher. Leur présence suggère une volonté d’effacer les traces matérielles des massacres, tout en poursuivant une stratégie de terreur contre les populations locales.
Un schéma déjà vu au Darfour
La CPI établit un parallèle inquiétant avec les massacres survenus à Al-Geneina, où environ 15 000 civils, majoritairement issus de la communauté Masalit, auraient été tués. À El-Facher comme ailleurs au Darfour, les victimes appartiendraient principalement aux groupes Four, Masalit, Berti et Zaghawa.
Pour la Cour, il ne s’agit pas d’excès isolés liés à la guerre, mais d’attaques ciblées et répétées contre des groupes précis, dans une région déjà marquée par deux décennies de violences.
Khartoum dénonce des soutiens extérieurs
Face à ces accusations, la Mission permanente du Soudan auprès des Nations unies reconnaît la gravité des crimes imputés aux FSR, tout en pointant des responsabilités au-delà des frontières. Son représentant, Ammar Mohammed Mahmoud, a affirmé que les paramilitaires ne pourraient maintenir une telle capacité de nuisance sans appuis financiers, militaires et logistiques étrangers.
Sans citer de pays, Khartoum estime que ces soutiens sont connus de la communauté internationale et appelle à ce que les enquêtes ne se limitent pas aux seuls exécutants sur le terrain.
Une crise humanitaire hors de contrôle
Depuis avril 2023, le conflit entre l’armée régulière et les FSR a bouleversé le Soudan. Plus de 11 millions de personnes ont été déplacées, selon les Nations unies, qui parlent désormais de la plus grave crise humanitaire actuelle au monde. Le Darfour, en particulier, s’enfonce dans un cycle où chaque ville conquise s’accompagne de représailles contre les civils.
La justice comme dernier rempart
Pour la CPI, enrayer cette dynamique passe par des actes concrets. La Cour insiste sur l’arrestation d’Ahmed Haroun, recherché depuis 2007 pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité. Ancien proche d’Omar el-Bachir, il est accusé d’avoir joué un rôle central dans la mobilisation des milices Janjawid, à l’origine des actuelles FSR. Évadé lors des troubles de 2023, il reste introuvable.
Les mandats visant l’ex-président Omar el-Bachir et son ancien ministre de la Défense, Abdelrahim Mohamed Hussein, demeurent également en suspens. Tant que ces figures, passées et présentes, ne seront pas traduites devant la justice internationale, avertit la CPI, le message envoyé aux belligérants restera le même : au Darfour, la violence continue de ne pas avoir de prix judiciaire.
Dans un Soudan fragmenté, la question n’est plus seulement celle de la fin des combats, mais de savoir si la justice pourra encore empêcher l’effacement total des civils du paysage du Darfour.
Oura KANTE
Malikunafoni










































Commentaires