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Sanctions américaines contre des responsables européens : l’idée de représailles fait débat à Bruxelles

 

« Refuser l’entrée en Europe à ceux qui diffusent des contre-vérités nuisibles à la santé mondiale. » En une phrase publiée sur le réseau social X, l’eurodéputée Nathalie Loiseau a jeté un pavé dans la mare diplomatique, au lendemain de sanctions américaines inédites visant plusieurs figures européennes engagées dans la régulation du numérique.

 

Les États-Unis ont récemment frappé cinq personnalités européennes de la “tech”, parmi lesquelles l’ancien commissaire européen Thierry Breton. Une décision perçue à Bruxelles comme une remise en cause directe de la souveraineté réglementaire de l’Union européenne. En réaction, Nathalie Loiseau, membre du parti Horizon et ancienne ministre chargée des Affaires européennes, a suggéré une réponse ciblée : refuser l’accès au territoire européen au secrétaire américain à la Santé, Robert F. Kennedy Jr., connu pour ses positions controversées sur les vaccins.

 

Cette prise de position répondait à un message publié par Robert F. Kennedy Jr., qui s’est félicité des sanctions américaines, dénonçant une prétendue atteinte à la liberté d’expression. Figure appréciée des milieux conservateurs américains, il accuse régulièrement l’Union européenne de vouloir imposer une forme de censure aux grandes plateformes numériques américaines à travers ses textes de régulation.

 

Du côté de Washington, le ton s’est durci. Le secrétaire d’État Marco Rubio a dénoncé ce qu’il qualifie de « censure extraterritoriale flagrante », estimant que la politique européenne en matière de numérique pourrait avoir des répercussions sérieuses sur les relations internationales. Des propos qui illustrent la fracture politique grandissante entre les deux rives de l’Atlantique sur les enjeux de gouvernance du numérique.

 

Si les condamnations européennes ont été rapides et unanimes, la question d’une réponse concrète reste ouverte. En évoquant l’hypothèse de contre-sanctions, Nathalie Loiseau assume une ligne de fermeté, au risque d’alimenter un bras de fer diplomatique entre alliés historiques — un scénario rare depuis les grandes sanctions internationales de la fin du XXᵉ siècle.

 

Le président français Emmanuel Macron a, pour sa part, choisi une voie plus mesurée. Apportant son soutien à Thierry Breton, il a rappelé que la réglementation numérique européenne est le fruit d’un processus démocratique et souverain, appliqué sans distinction de nationalité. Une position relayée par le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, qui a insisté sur la liberté des peuples européens à définir eux-mêmes les règles encadrant leur espace numérique.

 

Reste une interrogation majeure : l’Europe est-elle prête à affronter une éventuelle riposte américaine plus large ? Sur X, l’ancien ambassadeur de France Michel Duclos a mis en garde contre de possibles refus de visas, sanctions financières ou restrictions visant les entreprises européennes opérant aux États-Unis. Une inquiétude partagée par d’autres diplomates chevronnés, à l’image de Gérard Araud, pour qui la vraie question n’est plus celle de l’indignation, mais celle de la préparation.

 

Alors que les tensions s’accumulent, l’Union européenne se retrouve face à un choix stratégique : maintenir une ligne de principes sans concession ou adapter sa réponse pour éviter une escalade durable avec son principal allié. Les prochains jours pourraient être décisifs.

 

Oura KANTE

Malikunafoni

Le Figaro

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