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Relations Paris-Ouagadougou : Le divorce consommé entre Ibrahim Traoré et Emmanuel Macron


“La souveraineté ne se négocie pas, elle s’impose.” Cette déclaration du capitaine Ibrahim Traoré résume à elle seule le climat glacial entre Ouagadougou et Paris.

 

Le fossé est désormais abyssal entre le président burkinabè Ibrahim Traoré et son homologue français Emmanuel Macron. En me rendant récemment à Ouagadougou, j’ai pu constater à quel point la rupture avec l’ancienne puissance coloniale n’est pas seulement institutionnelle — elle est viscérale, populaire et revendiquée.

 

Le Burkina Faso, qui fut longtemps dans l’orbite française, tourne aujourd’hui ostensiblement le dos à Paris. Le retrait des troupes françaises en 2023, suivi de l’expulsion de diplomates et de médias, a marqué un tournant radical. Pour les autorités burkinabè, la France n’est plus un partenaire de sécurité, mais une puissance néocoloniale qui freine l’émancipation africaine.

 

Un héritage empoisonné et une rupture assumée

 

L’animosité entre les deux dirigeants prend racine dans les lourds contentieux laissés par la Françafrique. À l’image de Thomas Sankara, son inspirateur, Ibrahim Traoré s’attaque frontalement à ce qu’il perçoit comme une exploitation systémique des ressources africaines par Paris. C’est dans ce contexte que des accusations d’accords secrets entre l’armée française et des groupes jihadistes à Kidal (Mali) continuent d’alimenter la méfiance dans la région.

 

“Le retrait sans combat de Kidal a été vécu ici comme une trahison”, confie un officier burkinabè. Car au-delà des faits, c’est l’image d’une France protectrice qui s’est effondrée, laissant place à celle d’un acteur trouble, défendant ses intérêts au détriment de la stabilité locale.

 

Des ressources contestées, un partenariat rompu

 

Le Burkina Faso regorge de ressources minières, notamment l’or. Traoré veut reprendre le contrôle de ces richesses, réviser les contrats avec les entreprises françaises, voire les nationaliser. Même logique au Niger voisin, où l’uranium était vendu à la France à prix dérisoire (0,80 €/kg contre 200 € sur le marché international). Ces pratiques, dénoncées comme une forme d’exploitation coloniale, nourrissent l’hostilité populaire.

 

Une guerre d’influence à visage découvert

 

Macron voit dans l’alignement de Traoré avec Moscou, Pékin et Ankara une offensive directe contre l’influence française. La présence de conseillers russes et la proximité avec Wagner exacerbent cette tension. Paris évoque une “bataille d’influence”, mais sur le terrain, la rhétorique panafricaine et anticoloniale de Traoré emporte l’adhésion des jeunesses sahéliennes.

 

Deux styles, deux visions du monde

 

La fracture entre les deux hommes est aussi symbolique. Macron, technocrate formé aux élites, peine à convaincre en Afrique. Traoré, lui, cultive une image révolutionnaire, proche du peuple, et redéfinit la démocratie comme une réponse directe aux besoins populaires, loin des modèles occidentaux.

 

 

La dégradation des relations entre Paris et Ouagadougou n’est pas un simple accroc diplomatique. Elle illustre un basculement plus profond : l’Afrique francophone, portée par une jeunesse en quête de souveraineté, n’accepte plus les vieilles logiques de domination. Ibrahim Traoré, par son ton et ses actes, incarne cette rupture. Pour Emmanuel Macron, le Burkina Faso n’est plus seulement un partenaire perdu — c’est le signal d’un ordre ancien qui vacille.

 

Par

Oura KANTÉ

Malikunafoni

 

 
 
 

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