La fermeture de deux ambassades révèle la fracture grandissante en Afrique de l’Ouest
- malikunafoninet
- 6 janv.
- 2 min de lecture

Le premier jour de 2024, Niamey a donné 48 heures au premier conseiller de l’ambassade du Bénin pour quitter le pays. Cette décision, présentée comme une simple « réciprocité », est en réalité la dernière salve d’une crise diplomatique qui enfonce un peu plus le couteau dans la plaie ouverte entre deux visions radicalement opposées de l’avenir de la région.
Un échange de bons procédés qui n’a rien d’amical
La séquence a débuté il y a quelques jours à Cotonou. Sans explication publique, les autorités béninoises ont expulsé deux membres de l’ambassade du Niger, un agent de renseignement et un policier. La réaction nigérienne, rapide et symétrique, a suivi. Ces expulsions croisées ne sont pas une simple querelle de voisinage. Elles sont le symptôme d’une méfiance profonde, devenue toxique depuis que des militaires ont pris le pouvoir à Niamey en juillet 2023. Le dialogue entre les deux capitales est aujourd’hui rompu.
L’ombre portée d’une tentative de putsch
Le véritable point de non-retour semble être survenu le 7 décembre dernier. Ce jour-là, le Bénin affirme avoir déjoué une tentative de coup d’État. Si le gouvernement du président Patrice Talon n’a pas formellement accusé son voisin, les soupçons se sont immédiatement tournés vers Niamey. Les réseaux sociaux de la région ont été inondés de contenus soutenant les putschistes présumés, alimentant à Cotonou la crainte d’une déstabilisation orchestrée ou encouragée par le Niger. Cet incident a achevé de cristalliser les hostilités.
Le choc des alliances : souverainisme sahélois contre partenariat atlantique
Derrière ces incidents se joue une lutte d’influence bien plus large. Le Niger, aux côtés du Mali et du Burkina Faso, forme l’Alliance des États du Sahel (AES). Ces régimes, nés de putschs, prônent une rupture avec l’ancienne puissance coloniale française et se tournent vers Moscou. Ils voient dans le Bénin, pays côtier et membre de la CEDEAO, un « relais » des intérêts occidentaux.
De son côté, Cotonou rejette ces accusations et dénonce la « rhétorique agressive » des juntes. Cette fracture géopolitique oppose désormais clairement les pays de l’hinterland sahélien, gouvernés par des militaires, aux États côtiers du Golfe de Guinée.
Des conséquences qui dépassent la diplomatie
Cette rupture diplomatique met en péril toute forme de coopération régionale. Un symbole fort en est le futur pipeline d’exportation de pétrole nigérien vers la côte, qui devait passer par le Bénin. Ce projet, pilier d’une logique économique pragmatique, est aujourd’hui suspendu aux tensions politiques.
L’isolement croissant entre les deux rives du Sahel fragilise la sécurité de toute la zone. La lutte contre les groupes jihadistes, qui ne connaissent pas les frontières, devient impossible à coordonner. Les populations, des deux côtés, subissent les mêmes menaces, mais leurs dirigeants sont désormais incapables de se parler.
Cette escalade, où chaque expulsion en appelle une autre, laisse présager une période de tension durable. Elle transforme une frontière commune en une nouvelle ligne de faille en Afrique de l’Ouest, où s’affrontent non plus seulement des intérêts nationaux, mais des visions du monde incompatibles.
Oura KANTE
Malikunafoni










































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