Kayes : l’industrie frappée au cœur par une violence ciblée
- malikunafoninet
- 12 janv.
- 2 min de lecture

« En quelques heures, des années d’efforts sont parties en fumée. » Le constat, amer, est celui d’un responsable local découvrant les ruines encore fumantes de plusieurs sites industriels dans la région de Kayes, au lendemain d’attaques armées coordonnées survenues à l’aube du dimanche 11 janvier.
Tôt dans la matinée, des groupes lourdement armés ont pris pour cible des unités de production spécialisées dans le ciment, la chaux et les matériaux de construction. Arrivés en grand nombre à moto, les assaillants ont méthodiquement incendié des installations, détruit des stocks et semé la panique parmi les travailleurs présents. Le bilan humain reste flou, mais au moins quatre personnes auraient été emmenées de force lors de l’un des assauts.
Une violence organisée, aux objectifs précis
D’après plusieurs témoignages recueillis sur place, les attaques n’avaient rien de spontané. Les hommes armés se seraient organisés en plusieurs groupes, opérant simultanément sur différents sites, avec une connaissance manifeste du terrain et des activités visées. Pour certains habitants, il ne s’agissait pas seulement de frapper, mais d’empêcher toute reprise rapide de l’activité industrielle.
Les images diffusées dans les heures suivantes sur les réseaux sociaux montrent des bâtiments éventrés, des engins calcinés et des tonnes de ciment réduites en cendres. Une scène de désolation dans une zone pourtant considérée comme stratégique pour l’économie nationale.
Quand l’insécurité devient une arme économique
Ces attaques sont attribuées au Jama’at Nusrat al-Islam wal-Muslimin (JNIM), un groupe armé affilié à Al-Qaïda, déjà actif dans plusieurs régions du pays. Mais à Kayes, le message semble différent : frapper non seulement l’État, mais aussi ses capacités de production et de développement.
Depuis plusieurs mois, les actions contre les axes routiers, les zones minières et les installations économiques se multiplient. Blocus, sabotages, enlèvements ciblés : autant de méthodes qui fragilisent les circuits d’approvisionnement et accentuent la pression sur les populations urbaines, jusqu’à Bamako.
La région de Kayes, carrefour commercial entre le Mali et les ports de la façade atlantique, apparaît désormais comme un maillon exposé de cette nouvelle forme de guerre, où l’économie devient une cible à part entière.
Investissements en suspens, avenir incertain
Pour les opérateurs économiques, l’impact est immédiat. Des emplois sont menacés, des chaînes de production interrompues, et la confiance des investisseurs sérieusement ébranlée. Les attaques de juillet 2025, marquées par l’enlèvement de travailleurs étrangers, avaient déjà laissé des traces. Les événements du 11 janvier ravivent les craintes d’un enlisement durable.
À ce stade, aucune réaction officielle n’avait encore été rendue publique par les autorités ou les Forces armées maliennes dans les heures suivant les attaques, selon les informations disponibles.
Une équation sécuritaire élargie
Au-delà des dégâts matériels, ces événements posent une question centrale : comment protéger les infrastructures économiques dans un contexte d’insécurité persistante ? La lutte contre le terrorisme ne se joue plus uniquement sur le terrain militaire, mais aussi sur celui de la résilience économique et de la sécurisation des investissements.
À Kayes, l’urgence est désormais double : reconstruire ce qui a été détruit, et empêcher que l’économie locale ne devienne l’otage durable de la violence armée.
Oura KANTE
Malikunafoni










































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