top of page

Ibrahim Traoré, la rupture avec Paris : naissance d’un nouveau panafricanisme au Burkina Faso


 À 36 ans, Ibrahim Traoré incarne une rupture historique entre le Burkina Faso et la France. En moins de deux ans, il a érigé son pouvoir sur les cendres du néocolonialisme français, s’alliant à la Russie et affirmant hautement sa souveraineté. Une posture qui dérange, jusqu’à provoquer des tensions ouvertes avec Emmanuel Macron.

 

« Il ne s’agit pas seulement du Burkina Faso, c’est l’Afrique toute entière qui cherche à reprendre son destin en main. »

Ce sont les mots d’un proche conseiller du président Ibrahim Traoré, rencontré à Ouagadougou à la veille de son départ pour Moscou, où il a été reçu comme invité d’honneur pour la Journée de la Victoire, le 9 mai dernier.

 

Depuis son arrivée au pouvoir en septembre 2022, à la faveur d’un soulèvement populaire contre Paul-Henri Damiba, Traoré s’est imposé comme une figure de la nouvelle résistance africaine face à l’ancienne puissance coloniale. Dans son discours et dans ses actes, il marche dans les pas de Thomas Sankara, prônant la souveraineté, la rupture avec la France et un contrôle national des ressources.

 

En quelques mois, les troupes françaises ont été expulsées, les liens militaires avec Paris rompus. En parallèle, le Burkina Faso s’est tourné vers Moscou, accueillant instructeurs russes et coopérations sécuritaires renforcées. Lors de son déplacement à Moscou, les Russes ont affrété un avion militaire sécurisé, escorté jusqu’à Arusha, pour protéger un chef d’État devenu une cible. Plus de vingt tentatives d’assassinat auraient été déjouées, certaines attribuées à des forces extérieures, notamment françaises selon des sources sécuritaires africaines.

 

Cette bascule stratégique intervient alors que le Burkina Faso, le Mali et le Niger forment un axe de rupture postcoloniale au Sahel. Pour Emmanuel Macron, dont le discours sur "la fin de la Françafrique" semble contredit par les faits, Traoré incarne un défi idéologique et diplomatique majeur.

 

Né en 1988 à Bondokuy, formé à la géologie avant d’entrer dans l’armée en 2010, Ibrahim Traoré s’est construit dans les rangs des forces de maintien de la paix de l’ONU au Mali. Il se présente aujourd’hui non comme un dictateur, mais comme un leader de transition. Son discours, ancré dans une rhétorique panafricaine, séduit une jeunesse burkinabè lassée de l’insécurité et des ingérences.

 

Le divorce avec Paris, symbolisé par sa présence à Moscou, est bien plus qu’une affaire bilatérale : c’est le reflet d’un basculement continental. Le président burkinabè, désormais figure d’un panafricanisme offensif, compte poursuivre sa mission, quitte à défier les puissances établies.

 

Dans la seconde partie, nous reviendrons sur les racines historiques et stratégiques de la rupture entre Ibrahim Traoré et Emmanuel Macron.

 

Par

Oura KANTÉ

Malikunafoni

 

Commentaires

Noté 0 étoile sur 5.
Pas encore de note

Ajouter une note*
bottom of page