Guinée : à la veille du scrutin présidentiel, la peur s’invite dans l’arène politique
- malikunafoninet
- 27 déc. 2025
- 2 min de lecture

« Le moment choisi et le caractère ciblé de ces incidents visent à intimider les figures de l’opposition. » L’avertissement, lancé vendredi par Volker Türk, Haut-Commissaire des Nations unies aux droits de l’Homme, résonne lourdement à quelques heures de l’élection présidentielle prévue ce dimanche 28 décembre 2025 en Guinée.
Après plus de quatre années de transition militaire, près de 6,8 millions d’électeurs sont appelés aux urnes pour choisir leur président. Mais l’espoir d’un retour à l’ordre constitutionnel se heurte à un climat politique délétère, marqué par des accusations d’intimidations, de disparitions forcées et de restrictions sévères des libertés publiques.
Une campagne plombée par les exclusions et la contestation
Ouverte le 28 novembre, la campagne électorale s’est achevée jeudi soir dans une atmosphère tendue. Plusieurs figures majeures de l’opposition ont été écartées du processus électoral, poussant certains partis à appeler au boycott. Résultat : seuls huit candidats restent officiellement en lice, pour la plupart peu connus du grand public, dans un paysage politique profondément fragmenté.
Depuis le coup d’État qui a porté le colonel Mamady Doumbouya au pouvoir, les autorités de transition sont régulièrement accusées par des organisations de défense des droits humains d’avoir réduit l’espace civique. Arrestations d’opposants, pressions sur les médias et départs forcés en exil ont progressivement installé un climat de méfiance et de peur.
Disparitions forcées et silence des autorités
Au cœur des inquiétudes actuelles figurent plusieurs cas de disparitions non élucidées. Deux acteurs de la société civile, Oumar Sylla et Mamadou Billo Bah, sont portés disparus depuis juillet 2024 après avoir été enlevés à leur domicile. Plus récemment, quatre proches de l’artiste engagé et opposant Elie Kamano ont disparu le 16 novembre dernier. À ce jour, aucune information officielle n’a permis de faire la lumière sur leur sort.
Ces affaires, largement relayées par des organisations internationales, alimentent les doutes sur la capacité des autorités à garantir un scrutin libre et équitable.
L’ONU tire la sonnette d’alarme
Dans un communiqué publié vendredi, le Haut-Commissariat de l’ONU aux droits de l’Homme a dénoncé des pratiques jugées contraires aux principes démocratiques. Selon l’agence onusienne, ces actes « contribuent à instaurer un climat de peur parmi les acteurs politiques et la population » et pourraient « compromettre la crédibilité du processus électoral ».
L’ONU appelle les autorités guinéennes à ouvrir des enquêtes rapides, indépendantes et impartiales sur l’ensemble des allégations, à établir le sort des personnes disparues et à traduire les responsables en justice, conformément au droit international.
Un scrutin décisif sous haute surveillance
Au-delà de la journée de vote, l’enjeu est désormais celui de l’après-élection. La communauté internationale, les organisations de la société civile et une partie de la population attendent des garanties concrètes sur le respect des libertés fondamentales : liberté d’expression, droit de manifester pacifiquement et participation politique sans crainte de représailles.
À l’heure où les bureaux de vote s’apprêtent à ouvrir, une question demeure : ce scrutin marquera-t-il réellement la fin de la transition militaire ou ouvrira-t-il une nouvelle période d’incertitude pour la Guinée ? Les prochaines heures, puis les réactions qui suivront l’annonce des résultats, seront déterminantes pour l’avenir politique du pays.
Oura KANTE
Malikunafoni










































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