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Guinée : quand la liquidité se raréfie, l’économie retient son souffle

  • il y a 13 heures
  • 2 min de lecture

 

« Nous avons besoin de 458 milliards de francs guinéens pour tenir la semaine. Nous n’en recevrons que 70. » Ce chiffre, issu d’un document interne de la Banque Centrale de la République de Guinée couvrant la période du 20 au 26 février, résume à lui seul la gravité de la situation.

 

En pleine fin de mois, au cœur du Ramadan — moment de forte circulation monétaire — les 19 banques primaires du pays ont exprimé un besoin hebdomadaire global de 458 milliards GNF. La Banque centrale, elle, annonce ne pouvoir mobiliser que 70 milliards, soit environ 15 % de la demande.

 

Une tension qui dépasse le simple manque de billets

 

Dans les agences bancaires, les conséquences sont concrètes : plafonnement des retraits, rationnement du cash, files d’attente qui s’allongent. Officiellement, il ne s’agit que d’un ajustement technique. Dans les faits, le système tourne au ralenti.

 

Les chiffres détaillés confirment l’ampleur de l’écart :

·         Ecobank Guinée : 60 milliards demandés, 8 milliards alloués.

·         Afriland First Bank Guinée : 25 milliards sollicités, 2 milliards obtenus.

·         First Bank Guinée : 45 milliards requis, 5 milliards accordés.

·         United Bank for Africa Guinée : 25 milliards exprimés, 6 milliards proposés.

·         Banque Sahélo-Saharienne pour l’Investissement et le Commerce Guinée : 20 milliards réclamés, 3 milliards attribués.

Dans chaque cas, la réponse reste très en deçà des attentes.

 

Le risque d’un cercle vicieux

 

La mission d’une banque centrale est de préserver la stabilité monétaire et d’assurer la fluidité du système financier. Lorsque l’accès aux liquidités devient limité, la confiance peut vaciller.

 

Dans une économie où les transactions en espèces demeurent dominantes, la pénurie de cash fragilise les ménages comme les entreprises. Les sociétés minières et commerciales, qui fonctionnent largement en numéraire, peinent à honorer certains paiements. Les consommateurs, eux, se tournent vers des circuits parallèles.

 

Résultat : le marché informel du cash prospère. Le franc guinéen subit une pression accrue face aux devises étrangères. Les prix grimpent, alimentant une inflation ressentie plus fortement que les indicateurs officiels ne le laissent parfois apparaître.

 

Une politique monétaire sous pression

 

La stratégie restrictive de la Banque centrale peut viser à contenir l’inflation ou à préserver les réserves. Mais lorsque 85 % des besoins exprimés ne sont pas satisfaits en période de forte demande, la question de l’équilibre se pose.

 

À court terme, la raréfaction des liquidités peut sembler un outil de régulation. À moyen terme, elle peut affaiblir l’ensemble de l’édifice financier si la confiance des acteurs économiques s’érode.

 

La crise actuelle ne ressemble plus à une simple tension conjoncturelle. Elle révèle une fragilité structurelle du circuit monétaire guinéen.

 

Une économie peut absorber un choc ponctuel.

Mais si la pénurie s’installe durablement, c’est la crédibilité du système financier tout entier qui se retrouve en jeu.

 

La prochaine décision de politique monétaire sera donc scrutée de près. Car au-delà des chiffres, c’est la confiance — véritable carburant de toute économie — qui est aujourd’hui mise à l’épreuve.

 

La Rédaction

Malikunafoni

 

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