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Face à la spirale guerrière, l’ONU gèle le retrait de ses Casques bleus de l’Est congolais

 

New York, Nations unies – Le calendrier était pourtant écrit. Après un quart de siècle de présence et sous la pression des autorités congolaises, la plus grande et la plus coûteuse mission de maintien de la paix de l’ONU avait entamé son retrait progressif de République démocratique du Congo (RDC). Mais, vendredi, le Conseil de sécurité a fait machine arrière, prolongeant d’un an le mandat de la MONUSCO. La raison ? Une guerre qui, loin de s’éteindre, a repris de plus belle, réduisant à néant les espoirs nés d’un récent accord diplomatique.

 

Un retrait suspendu par les réalités du terrain

 

« La décision de reporter le désengagement n’a pas été prise à la légère. Elle répond à une détérioration sécuritaire et humanitaire alarmante », peut-on lire dans les couloirs du siège new-yorkais de l’ONU. Lancé en février dernier avec le retrait de la province du Sud-Kivu, le processus devait aboutir à un départ complet. Mais la reprise, en janvier, des attaques du groupe rebelle M23, soutenu selon l’ONU et les autorités congolaises par le Rwanda voisin, a tout changé.

 

En quelques semaines, cette milice a conquis des territoires stratégiques dans le Nord-Kivu, chassant des centaines de milliers de civils et créant des administrations parallèles. Cette offensive éclair a montré les limites des forces armées congolaises (FARDC), qui peinent à reprendre le terrain, et a rendu « irréaliste » tout retrait significatif des Casques bleus, selon les termes de la résolution adoptée.

 

L’accord de Washington, une trêve éphémère

 

L’espoir était pourtant revenu le 4 décembre dernier. Sous les auspices de l’ancien président américain Donald Trump, les chefs d’État congolais Félix Tshisekedi et rwandais Paul Kagame avaient signé à Washington un accord visant à désamorcer les tensions. Mais cet espoir fut de courte durée. Dès le 9 décembre, le M23 reprenait le contrôle de la ville clé d’Uvira, au Sud-Kivu, démontrant que les signatures sur papier ne contrôlaient pas les milices sur le terrain.

 

Face à ce revers, le Conseil de sécurité a donc choisi la prudence. Il exige dans sa résolution « le retrait immédiat du M23 de ses positions » et condamne « tout soutien extérieur » au groupe, visant clairement Kigali. La mission, qui compte encore environ 10 000 militaires et policiers, maintiendra donc ses opérations de protection des civils et d’appui aux FARDC principalement au Nord-Kivu et en Ituri, avec une surveillance accrue au Sud-Kivu.

 

Une mission en sursis dans un conflit sans fin

 

La MONUSCO se retrouve ainsi dans une position inconfortable, à la fois indispensable et contestée. Critiquée par une partie de la population pour son incapacité à ramener une paix durable, elle demeure un rempart face à une conflictualité qui se sophistique. La résolution note avec inquiétude « l’utilisation croissante de technologies de combat avancées », comme des drones kamikazes et des brouillages GPS dans les zones tenues par le M23, qui entravent l’aide humanitaire.

 

Vingt-cinq ans après son déploiement, la mission est à un carrefour. Son nouveau mandat d’un an est présenté comme une bouée de sauvetage, conditionnant tout futur retrait à un « renforcement effectif de l’autorité de l’État » congolais. En attendant, elle reste l’un des derniers filets de sécurité pour des millions de civils pris au piège d’une guerre que la communauté internationale ne parvient ni à gagner, ni à quitter. La prochaine échéance, dans douze mois, pourrait bien être la plus déterminante de son histoire.

 

 

Oura KANTE

Malikunafoni

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