Décès de Frank Gehry : l’architecte qui a libéré les formes
- malikunafoninet
- 5 déc. 2025
- 2 min de lecture

« Un bâtiment doit rester vivant, il ne doit jamais tout dire dès le premier regard », aimait répéter Frank Gehry. Cette phrase résonne aujourd’hui comme un adieu. L’architecte américano-canadien s’est éteint à 96 ans, en Californie, laissant derrière lui une œuvre qui a bouleversé la manière de concevoir l’espace.
Un visionnaire qui a repoussé les limites
La disparition de Gehry marque la fin d’une ère pour l’architecture contemporaine. Celui qui avait dynamité les codes du métier s’est imposé par une signature unique : des volumes tordus, des courbes en tension, des matériaux détournés, et surtout une audace inépuisable.
La Fondation Louis Vuitton, inaugurée en 2014, restera l’incarnation la plus spectaculaire de cette philosophie. Ce « vaisseau de verre », planté à la lisière du bois de Boulogne, condensait toute sa recherche d’apesanteur, de transparence et de mouvement, et symbolisait l’apogée de son dialogue entre art, technique et imagination.
Un créateur qui transformait les villes
Bien avant Paris, Gehry avait déjà révolutionné Bilbao avec le musée Guggenheim. Ce bâtiment aux courbes de titane a fait plus que redéfinir une skyline : il a insufflé à toute une ville un nouveau souffle culturel et touristique. Ce pouvoir de métamorphose, Gehry l’a ensuite déployé à Prague, Los Angeles, Toronto, Hanovre ou encore New York.
Ses projets les plus expérimentaux, comme l’extension de sa propre maison à Santa Monica à la fin des années 1970, avaient d’ailleurs consacré son statut de pionnier. En utilisant des matériaux modestes — tôle, grillage, bois brut — il inventait un langage architectural nouveau, brut, déstructuré, mais terriblement expressif.
L’alliage entre main, machine et imagination
S’il maîtrisait les possibilités du numérique, l’architecte se méfiait de la froideur des images générées par ordinateur. Pour lui, la main devait rester la source première de la créativité. Pourtant, c’est grâce à la modélisation avancée qu’ont pu naître certaines de ses structures les plus complexes, comme la spectaculaire salle de conférences du siège de la DZ Bank à Berlin, surnommée « la tête de cheval ».
Tout au long de sa carrière, Gehry a entretenu un lien étroit avec les artistes, convaincu qu’architecture et création ne devaient jamais cesser de dialoguer. Ses collaborations, son approche intuitive, son refus des conventions ont nourri une œuvre inclassable.
Un héritage intact
Lauréat du prestigieux prix Pritzker en 1989, récompensé à Venise pour l’ensemble de son œuvre en 2008, Frank Gehry n’a reçu qu’assez tard une grande rétrospective au Centre Pompidou, en 2014. Mais son influence, elle, n’a jamais attendu les honneurs.
Son décès soulève une question : qui poursuivra ce geste architectural fait de liberté, de déconstruction maîtrisée et de poésie brute ? Ses bâtiments, eux, continueront longtemps encore de surprendre, d’inspirer et de défier notre perception du possible.
Le Figaro
Oura KANTE
Malikunafoni










































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