top of page

Dette publique : le Sénégal choisit la voie de la fermeté et de l’autonomie

 

« Nous n’avons jamais fait défaut. » Cette phrase, martelée par le Premier ministre Ousmane Sonko, résume l’option retenue par les nouvelles autorités sénégalaises face aux inquiétudes croissantes autour de la dette publique. Alors que les signaux d’alerte se multiplient sur la scène internationale, Dakar assume un cap clair : pas question de restructurer la dette nationale, ni de céder à une pression extérieure jugée excessive.

 

Depuis plusieurs semaines, les échanges avec le Fonds monétaire international (FMI) sont marqués par une divergence profonde d’analyse. L’institution financière estime que la dette du Sénégal atteint un seuil critique, équivalant à 132 % du produit intérieur brut. Le gouvernement sénégalais, lui, avance un ratio inférieur, évalué à 119 %, et insiste sur un point central : la capacité effective de l’État à honorer ses engagements financiers.

 

Pour l’exécutif, la question ne se résume pas à un pourcentage. Ousmane Sonko met en avant un argument clé pour rassurer partenaires et investisseurs : depuis plus d’un an, le Sénégal a respecté l’ensemble de ses échéances de remboursement. Une performance qu’il considère comme la preuve tangible de la viabilité de la dette, malgré une pression budgétaire croissante. En 2026, près d’un cinquième des recettes publiques devrait toutefois être absorbé par le paiement des seuls intérêts, un chiffre qui illustre l’ampleur du défi.

 

C’est précisément sur la réponse à ce défi que les positions se crispent. Lors de leur mission à Dakar en novembre dernier, les experts du FMI ont évoqué l’hypothèse d’une restructuration de la dette. Une option immédiatement écartée par les autorités sénégalaises. Le Premier ministre a tenu à préciser que ce refus n’est pas une posture individuelle, mais une orientation pleinement assumée au sommet de l’État. À leurs yeux, une renégociation des emprunts risquerait d’entamer la crédibilité financière du pays et d’envoyer un signal négatif aux marchés.

 

Privé, pour l’heure, d’un nouveau programme de financement avec le FMI — les discussions étant au point mort depuis fin octobre — le gouvernement mise sur une stratégie interne de redressement. L’accent est mis sur une réduction ciblée des dépenses publiques, une meilleure mobilisation des recettes et une gestion plus rigoureuse des finances de l’État. Les autorités estiment que l’assainissement budgétaire peut être conduit sans toucher à l’architecture de la dette existante.

 

En toile de fond, Ousmane Sonko invoque l’héritage d’une situation financière dégradée laissée par l’administration précédente. Le pari du nouveau pouvoir est désormais clair : démontrer qu’un pays peut rétablir ses équilibres macroéconomiques par des réformes internes, sans passer par une restructuration imposée de l’extérieur.

 

Cette stratégie place le Sénégal à un moment charnière. Si elle réussit, elle renforcera l’image d’un État maître de ses choix économiques. Dans le cas contraire, la question de la dette pourrait rapidement revenir au centre des discussions internationales, avec des marges de manœuvre plus étroites qu’aujourd’hui.

 

Oura KANTE

Malikunafoni

Commentaires

Noté 0 étoile sur 5.
Pas encore de note

Ajouter une note*
bottom of page