top of page

Des avions espions américains au-dessus du Nigeria : Washington muscle discrètement sa surveillance en Afrique de l’Ouest

Un avion militaire américain survole presque quotidiennement le Nigeria depuis plusieurs semaines. Une activité aérienne inhabituelle qui relance les interrogations sur les intentions de Washington dans une région en proie à une instabilité sécuritaire croissante.

 

Selon des données de suivi de vol consultées par Reuters, un appareil affrété par le Pentagone mène, depuis fin novembre, des missions régulières de renseignement au-dessus du territoire nigérian. L’avion, un Gulfstream V modifié pour les opérations de surveillance, est exploité par Tenax Aerospace, une société américaine spécialisée dans les contrats militaires.

Décollant le plus souvent d’Accra, au Ghana, l’appareil pénètre l’espace aérien nigérian avant de regagner sa base. Ce dispositif marque une reprise visible des activités de renseignement américaines en Afrique de l’Ouest, après le retrait forcé des troupes américaines du Niger en 2024.

 

Une surveillance qui s’inscrit dans un climat diplomatique tendu

 

Ces vols interviennent dans un contexte politique particulièrement sensible. Début novembre, le président américain Donald Trump a publiquement accusé les autorités nigérianes de fermer les yeux sur des violences visant les chrétiens, allant jusqu’à évoquer une possible intervention militaire contre des groupes qu’il qualifie de « terroristes islamistes ».

 

Des propos vivement rejetés à Abuja. Le gouvernement nigérian récuse toute lecture confessionnelle du conflit, rappelant que les violences touchent indistinctement plusieurs communautés, dans un pays confronté à des défis sécuritaires multiformes : jihadisme, banditisme armé, enlèvements massifs.

Le ministre américain de la Défense, Pete Hegseth, a pour sa part indiqué que le Pentagone « se tient prêt à agir », sans toutefois détailler la nature d’une éventuelle action.

 

Otage américain, groupes jihadistes et recomposition régionale

 

Officiellement, ces missions aériennes auraient plusieurs objectifs. D’après un ancien responsable américain cité par Reuters, elles viseraient notamment à localiser Kevin Rideout, un pilote missionnaire américain enlevé à Niamey le 21 octobre, mais aussi à suivre les activités de Boko Haram et de l’État islamique en Afrique de l’Ouest.

Les autorités américaines affirment également vouloir renforcer leur coopération sécuritaire avec Abuja, dans la lutte contre le terrorisme et les violences intercommunautaires.

 

Pour Liam Karr, spécialiste de l’Afrique au sein du think tank American Enterprise Institute, cette intensification de la surveillance traduit surtout une reconfiguration du dispositif américain au Sahel. Privés de la base stratégique d’Agadez, au Niger, et confrontés à l’influence croissante de la Russie, les États-Unis chercheraient à maintenir une présence indirecte via le Ghana et l’espace aérien nigérian.

 

Intervention militaire : hypothèse ou levier de pression ?

 

Si la Maison-Blanche a demandé au Pentagone d’envisager des scénarios d’« action rapide » en cas de détérioration majeure, plusieurs analystes appellent à la retenue. Le Nigeria demeure un partenaire stratégique majeur des États-Unis et un pilier de la lutte antiterroriste en Afrique de l’Ouest.

 

Le président nigérian Bola Ahmed Tinubu, confronté à une vague d’attaques meurtrières et à l’enlèvement de plus de 300 écoliers dans le nord du pays, a proclamé en novembre un état d’urgence sécuritaire. Il a néanmoins mis en garde contre toute lecture simpliste ou confessionnelle du conflit.

Selon La Nouvelle Tribune, les menaces américaines pourraient même avoir un effet pervers, certains groupes armés cherchant à internationaliser leurs actions en multipliant les attaques contre des lieux de culte.

 

Entre coopération sécuritaire et zones d’ombre

 

Entre pression diplomatique, recherche d’un otage et collecte de renseignement stratégique, la ligne reste ténue. Le Pentagone affirme maintenir un dialogue étroit avec les autorités nigérianes, tout en refusant de commenter en détail ses opérations aériennes.

Reste une question centrale : cette montée en puissance du renseignement américain constitue-t-elle une simple mesure de précaution, ou le signe avant-coureur d’un engagement plus direct de Washington dans une région déjà fragilisée ? Les prochaines semaines pourraient apporter des éléments de réponse.

 

Oura KANTE

Malikunafoni

 

Commentaires

Noté 0 étoile sur 5.
Pas encore de note

Ajouter une note*
bottom of page