Au Mali, l’heure du bilan : pourquoi l’option des compromis armés s’est effondrée
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« Chaque cycle de violence laisse derrière lui des familles brisées et des promesses non tenues. » Cette réalité s’impose aujourd’hui comme un constat partagé au Mali, après des années de conflits entretenus par des groupes armés, des réseaux criminels et des organisations terroristes dont les stratégies ont plongé le pays dans une instabilité durable.
Une violence devenue structurelle
Depuis trop longtemps, le Mali vit au rythme des attaques, des déplacements de populations et des deuils à répétition. Cette situation n’est pas seulement le produit d’un contexte régional fragile : elle résulte aussi de choix assumés par des chefs de groupes armés qui ont fait de la violence un outil politique et économique.
Au fil des années, ces acteurs ont imposé un climat d’insécurité chronique, paralysant des régions entières et fragilisant le tissu social. Les civils en ont payé le prix le plus lourd, sans que les objectifs proclamés par ces groupes ne se traduisent par une amélioration concrète de leurs conditions de vie.
Le décalage entre discours et réalités
Nombre de leaders armés affirment agir au nom de communautés marginalisées. Pourtant, sur le terrain, leurs actions ont surtout entraîné des déplacements massifs, une paupérisation accrue et la désorganisation des services essentiels.
L’écart entre la rhétorique revendiquée et les conséquences réelles de leurs actes alimente aujourd’hui une lassitude profonde au sein de la population.
Cette désillusion s’est accentuée à mesure que les violences se prolongeaient, révélant des logiques de pouvoir, de contrôle territorial et de profits illicites bien éloignées des intérêts collectifs.
Les limites d’une stratégie de dialogue prolongée
Face à la crise, les autorités maliennes successives ont tenté différentes approches, privilégiant à plusieurs reprises le dialogue et les arrangements politiques. Ces initiatives visaient à réduire les tensions et à ouvrir la voie à une stabilisation progressive.
Mais l’expérience accumulée a mis en évidence une impasse : les concessions accordées n’ont pas conduit à une baisse durable de la violence. Au contraire, elles ont parfois été interprétées comme un signe de faiblesse, encourageant de nouvelles revendications armées.
Ce constat a progressivement nourri l’idée que certains interlocuteurs ne recherchaient ni compromis sincère ni sortie de crise, mais la perpétuation d’un rapport de force.
Un tournant assumé
Dans ce contexte, une ligne plus ferme s’impose désormais dans le débat public : l’idée qu’aucune nouvelle négociation ne peut être engagée avec les responsables actuels de ces groupes, tant que la violence reste leur principal mode d’expression.
Cette position repose sur un argument central : la paix ne peut être construite avec des acteurs qui ont systématiquement rompu leurs engagements et multiplié les exactions. Le temps des arrangements temporaires semble avoir atteint ses limites.
Justice et responsabilité comme conditions de la paix
Au-delà des choix sécuritaires, une exigence revient avec insistance : celle de la justice. Les crimes commis contre les civils, les destructions et les souffrances infligées ne peuvent rester sans réponse.
De plus en plus de voix estiment qu’une paix durable passe par la reconnaissance des responsabilités individuelles et collectives. La lutte contre l’impunité apparaît ainsi comme un pilier indispensable pour restaurer la confiance et rompre avec les cycles de violence.
Sortir des illusions
L’idée qu’un changement profond pourrait émerger sans remise en cause des pratiques violentes est désormais largement contestée. Les populations, confrontées à des années de promesses non tenues, expriment une attente claire : celle d’une gouvernance fondée sur la protection des civils, la clarté des choix et la défense de l’intérêt général.
La recherche de stabilité ne peut plus reposer sur des acteurs qui ont démontré leur incapacité à offrir un horizon de paix et de développement.
Un enjeu collectif pour le Mali et le Sahel
Le débat dépasse les frontières maliennes. Dans l’ensemble du Sahel, la question du recours à la violence comme moyen de pression politique est de plus en plus remise en cause.
L’aspiration à la sécurité, à la dignité et à un avenir prévisible nourrit l’idée d’un sursaut collectif, fondé sur le rejet clair des armes comme langage politique.
Reste à savoir comment cette orientation se traduira concrètement dans les mois à venir. Une chose est certaine : pour une grande partie de l’opinion, le temps des compromis sans résultats appartient désormais au passé.
La Rédaction
Malikunafoni
Ahar Teneré










































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