Un directeur de publication malien incarcéré, la profession journalistique en émoi
- malikunafoninet
- il y a 16 heures
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Youssouf Sissoko, patron du journal « L’Alternance », a été placé en détention préventive ce jeudi. Son syndicat dénonce une affaire aux lourdes charges et affirme sa solidarité. BAMAKO La une d’un journal peut-elle conduire son directeur en prison ? C’est la question qui secoue le monde des médias maliens après l’incarcération, ce jeudi 5 février 2026, de Youssouf Sissoko, directeur de publication de l’hebdomadaire L’Alternance. Selon un communiqué de l’Association des éditeurs de presse privée (ASSEP), dont nous avons obtenu copie, le confrère a été présenté au Procureur près le Pôle National de lutte contre la cybercriminalité avant d’être finalement mis sous mandat de dépôt.
La justice reproche au journaliste le contenu d’un article publié dans le numéro 200 de son titre, paru lundi 2 février. Les accusations sont graves : « diffusion de fausses informations », « atteinte au crédit de l’État » et « offense à un Chef d’État étranger ». Des charges qui, sous la loi malienne, peuvent entraîner de lourdes peines. Son audition devant un juge est prévue pour le 9 mars prochain, laissant plus d’un mois de détention préventive.
L’ASSEP monte au créneau
Face à cette mise en détention, l’organisation professionnelle qui fédère les éditeurs privés n’est pas restée silencieuse. Dans son communiqué, son Bureau exprime son « regret » et affirme « rester solidaire » de Youssouf Sissoko. L’ASSEP promet de suivre l’affaire « avec la plus grande attention » et de tenir ses membres informés.
Plus significativement, l’association en profite pour réaffirmer un principe fondamental : son « attachement » profond à la liberté d’expression et de la presse, telle que garantie par la Constitution malienne du 22 juillet 2023. Ce rappel à la loi suprême du pays n’est pas anodin dans un contexte où les tensions entre pouvoir et presse sont sensibles.
Entre ligne rouge et liberté de la presse
Si les détails précis de l’article incriminé ne sont pas publics, la nature des charges retenues dessine les contours d’un dossier sensible, touchant à la fois à la souveraineté nationale et aux relations diplomatiques. L’accusation d’« offense à un Chef d’État étranger » est particulièrement rare et souligne la dimension internationale potentielle de l’affaire.
Pour les observateurs du paysage médiatique malien, cette arrestation constitue un test. Elle interroge sur l’équilibre entre la nécessaire protection de l’ordre public et des relations internationales, et le droit des journalistes à enquêter et à informer, y compris sur des sujets pouvant déplaire aux autorités.
Une audience très attendue
Tous les regards se tournent désormais vers la date du 9 mars. L’audience de Youssouf Sissoko sera un moment clé, non seulement pour le destin du directeur de publication, mais aussi pour envoyer un signal sur la liberté éditoriale au Mali. La mobilisation ou non d’autres organisations de défense des droits humains et de la presse dans les semaines à venir sera également un indicateur de l’importance que revêt cette affaire au-delà du strict cercle professionnel.
En attendant, un journaliste est en cellule et un siège de rédaction doit fonctionner sans son directeur, une situation qui rappelle les risques du métier dans de nombreuses régions du monde.
Oura KANTE
Malikunafoni










































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