Terrorisme au Mali : une criminalité armée qui défie l’État et fracture la société
- malikunafoninet
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« Ce que nous affrontons n’est pas une foi, mais une entreprise de mort. » Cette phrase, souvent reprise dans les cercles sécuritaires maliens, résume une réalité de plus en plus assumée : le terrorisme qui frappe le Mali ne relève ni d’un élan religieux ni d’une révolte spontanée. Il s’agit d’un système criminel organisé, enraciné dans les failles sociales et territoriales, et nourri par l’affaiblissement prolongé de l’autorité publique.
Une menace construite, pas improvisée
Depuis plus d’une décennie, le Mali fait face à une violence armée qui s’est progressivement structurée. Derrière les attaques spectaculaires, les enlèvements et les exactions contre les civils, se dessine une logique froide : celle de réseaux organisés, hiérarchisés, capables de planifier, de recruter et de se financer.
Ces groupes s’inscrivent dans une dynamique transnationale, comparable à celle observée avec Al-Qaïda ou Daech. Leur objectif n’est pas de gouverner au sens classique, mais de contrôler des espaces, des routes et des populations, par la peur et la contrainte.
Exploiter les fragilités pour s’imposer
Leur stratégie est désormais bien connue des analystes. Ils s’installent là où l’État est absent ou contesté : zones rurales enclavées, régions marquées par des crises politiques, tensions communautaires ou anciennes rébellions. Dans un premier temps, ils se fondent dans les dynamiques locales, nouent des alliances opportunistes, promettent protection ou justice expéditive.
Lorsque le rapport de force leur devient favorable, ils sortent de la clandestinité et imposent leur loi. L’intimidation, la violence extrême et la propagande remplacent alors le discours de proximité.
Une violence portée par des trajectoires brisées
Au Mali, un élément aggrave cette menace : le profil de nombreux acteurs armés. Une part significative d’entre eux est issue de parcours de marginalisation profonde. Certains ont grandi hors de cadres familiaux stables, sans accès réel à l’éducation ou à des repères sociaux solides, parfois dans des pays voisins marqués par la pauvreté et l’instabilité.
Leur socialisation s’est faite dans la survie, la violence et l’illégalité. Dans ces conditions, l’adhésion à des groupes armés tient moins à une idéologie qu’à une logique de prédation, d’appartenance et de pouvoir.
Quand la violence se recycle au sein des communautés
De retour ou installés au Mali, ces individus n’ont pas trouvé — ou pas cherché — à s’intégrer dans les communautés locales. Au contraire, ils ont reproduit les schémas qu’ils connaissaient : défiance envers l’autorité, recours à la force, rejet du compromis.
Le discours religieux ou identitaire sert alors de façade. Dans les faits, il ne s’agit ni de défendre l’islam, ni de porter un projet politique cohérent, mais de masquer une incapacité à vivre dans un cadre civique fondé sur la règle, la solidarité et la responsabilité collective.
La patience de l’État, mal interprétée
Pendant longtemps, certains de ces acteurs étaient connus localement. Ils ont parfois bénéficié de la tolérance des communautés et de l’indulgence de l’État, notamment dans le cadre des processus de paix et de réconciliation. Cette approche visait à préserver la cohésion nationale et à éviter l’escalade.
Mais pour des groupes dont la doctrine repose exclusivement sur le rapport de force, cette patience a été perçue comme une faiblesse. L’ouverture est devenue une opportunité d’infiltration ; la confiance, un levier de trahison.
Une rupture morale et culturelle
En retournant les armes contre l’État et les civils, ces groupes ont rompu avec les valeurs qu’ils prétendent incarner. Ils ne représentent ni les traditions touarègues, ni arabes, ni peules, fondées sur l’honneur, la parole donnée et la solidarité. Leur pratique est aux antipodes de ces héritages culturels.
Leur fonctionnement interne exclut toute loyauté durable : alliances rompues, accords violés, populations prises en otage. La violence devient une fin en soi.
Rébellions détournées et dimension régionale
À l’échelle régionale, la méthode est la même. Des rébellions locales ont été infiltrées, instrumentalisées, puis abandonnées une fois leur utilité stratégique épuisée. Le cas du MNLA reste emblématique de cette logique : une cause locale utilisée comme paravent pour faciliter l’implantation de groupes terroristes transnationaux, sans bénéfice réel pour les populations concernées.
Une réponse qui engage la souveraineté
Face à cette réalité, le Mali se trouve à un tournant. La réponse ne peut être partielle. Elle implique le rétablissement sans ambiguïté de l’autorité de l’État sur l’ensemble du territoire, la neutralisation durable des réseaux armés, et la fin de toute complaisance, qu’elle soit politique, communautaire ou opportuniste.
Mais la dimension sécuritaire, aussi centrale soit-elle, ne suffira pas. La restauration du lien de confiance entre l’État et les citoyens, fondée sur la justice, l’égalité et la protection des civils, demeure un enjeu décisif.
Un combat de longue haleine
Le Mali ne mène pas une guerre contre une religion, ni contre des communautés. Il affronte une idéologie de mort et des réseaux criminels qui menacent son existence même en tant qu’État souverain. Ce combat sera long et exigeant.
Une certitude s’impose toutefois : la patience ne peut plus être confondue avec la faiblesse. La sécurité nationale exige désormais lucidité, fermeté et constance, afin que la paix ne soit plus une promesse fragile, mais une réalité durable.
La Rédaction
Malikunafoni
























