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Ouganda : après le scrutin, l’armée assume la violence politique

 

« Trente neutralisés, plus de deux mille interpellés ». En quelques mots publiés sur les réseaux sociaux, le chef de l’armée ougandaise a résumé ce qui ressemble désormais à une bascule autoritaire assumée. Au lendemain de l’annonce des résultats de l’élection présidentielle, la répression s’impose comme la réponse centrale du pouvoir face à la contestation.

 

Alors que la commission électorale a proclamé la victoire du président sortant Yoweri Museveni pour un nouveau mandat, les déclarations de son fils, Muhoozi Kainerugaba, ont provoqué une onde de choc bien au-delà des frontières du pays. Chef des forces armées, il a revendiqué publiquement des opérations meurtrières contre l’opposition, rompant avec toute retenue institutionnelle.

 

Une communication militaire qui rompt avec les usages

 

C’est sur le réseau social X que le général Kainerugaba a choisi de s’exprimer. Il y annonce l’élimination de trente membres de la Plateforme d’unité nationale (NUP), principal parti d’opposition dirigé par Bobi Wine. Les victimes sont présentées comme des « terroristes », une qualification lourde de sens qui justifie, aux yeux du pouvoir, l’usage de la force armée.

 

Dans le même message, le chef de l’armée affirme que plus de deux mille personnes ont été arrêtées à travers le pays. Ces interpellations viseraient des sympathisants ou des soutiens supposés de l’opposition. Aucun détail judiciaire n’a été fourni, renforçant les inquiétudes sur le caractère arbitraire de ces arrestations.

 

Une élection contestée, un climat verrouillé

 

Cette montée de la violence intervient dans un contexte électoral déjà tendu. Le scrutin présidentiel, qui a reconduit Yoweri Museveni, 81 ans, à la tête du pays pour un septième mandat, s’est déroulé sous de fortes restrictions sécuritaires. Plusieurs organisations et observateurs ont dénoncé un environnement marqué par la peur, notamment en raison du blocage d’Internet et de la présence massive des forces de défense.

 

Pour de nombreux citoyens, ces mesures ont limité la capacité de l’opposition à mobiliser et à contester les résultats, tout en réduisant l’espace d’expression publique.

 

L’opposition décimée et réduite au silence

 

Dans les jours qui ont suivi le vote, les pressions se sont intensifiées contre les figures de l’opposition. Bobi Wine, arrivé deuxième selon les résultats officiels, a vu sa résidence encerclée par les forces de sécurité, l’obligeant à se mettre à l’écart pour sa propre sécurité.

 

La répression touche également les élus. Le député Muwanga Kivumbi a été arrêté après avoir affirmé que dix de ses partisans avaient été exécutés par des militaires dans sa résidence privée. Un témoignage qui, loin de provoquer une enquête, semble avoir accéléré les poursuites contre lui.

 

Le rôle central d’un héritier en quête de pouvoir

 

Au-delà des faits sécuritaires, les prises de parole de Muhoozi Kainerugaba interrogent sur l’avenir politique du pays. Déjà connu pour ses sorties provocatrices, le chef de l’armée apparaît désormais comme l’un des principaux visages du régime. Ses déclarations publiques, assumant l’usage de la violence contre des opposants politiques, traduisent une volonté de s’imposer comme successeur potentiel de son père.

 

Cette confusion entre autorité militaire et ambition politique inquiète une partie de la société civile, qui y voit un affaiblissement des institutions et de l’État de droit.

 

Une crise qui pourrait s’aggraver

 

Pendant que les familles cherchent des nouvelles des personnes arrêtées, les avocats alertent sur des détentions sans procédure claire et sans accès à la justice. La communauté internationale, déjà critique sur le déroulement du scrutin, pourrait être amenée à réagir face à l’ampleur de la répression revendiquée.

 

Reste à savoir si cette stratégie de force permettra au pouvoir de stabiliser la situation ou si elle ouvrira une nouvelle phase de tensions durables dans un pays déjà marqué par des décennies de règne sans alternance.

 

Oura KANTE

Malikunafoni

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