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Nigeria : un dimanche de prière transformé en razzia humaine dans l’État de Kaduna

 

« Ils ont emmené presque tout le village. » Au petit matin, ce sont ces mots qui circulaient à Kurmin Wali, une localité rurale de l’État de Kaduna, dans le nord du Nigeria. La veille, en pleine célébration religieuse, plus de 160 fidèles chrétiens ont été arrachés à leurs églises par des hommes armés, dans l’un des enlèvements collectifs les plus massifs enregistrés ces derniers mois dans la région.

 

Des lieux de culte devenus pièges

 

Selon des responsables religieux locaux, plusieurs églises du village ont été simultanément prises pour cible par des groupes lourdement armés. Profitant de la concentration des fidèles pour la messe dominicale, les assaillants ont encerclé les bâtiments avant de forcer les personnes présentes à sortir. Sous la menace, hommes, femmes et jeunes ont été conduits vers des zones boisées difficiles d’accès.

 

Le président de l’Association chrétienne du Nigeria pour le nord du pays, le révérend Joseph Hayab, affirme que plus de 170 personnes avaient initialement été capturées. Quelques-unes ont réussi à s’échapper dans la confusion, mais plus de 160 fidèles resteraient toujours retenus. Des chefs communautaires évoquent des chiffres proches, confirmant l’ampleur exceptionnelle de l’attaque.

 

Une population livrée à elle-même

 

À Kurmin Wali, l’enlèvement de masse a provoqué stupeur et colère. Les habitants, déjà habitués aux rapts ciblés, reconnaissent qu’ils négocient souvent en silence la libération de petits groupes, faute de protection étatique efficace. Mais cette fois, le nombre de captifs dépasse largement leurs moyens.

 

« Ce n’est plus un problème que nous pouvons régler seuls », confie un responsable traditionnel du village, dénonçant l’abandon progressif des zones rurales face aux groupes criminels. Dans ce district majoritairement chrétien de Kajuru, l’insécurité est devenue une réalité quotidienne, marquée par des attaques répétées et des déplacements forcés.

 

Silence officiel et déni contesté

 

Alors que les témoignages se multiplient sur le terrain, les autorités sécuritaires de l’État de Kaduna se montrent réservées. La police affirme ne pas avoir confirmé l’attaque, et certains responsables parlent même d’informations exagérées ou infondées. Une position qui alimente l’incompréhension et la frustration des populations locales, convaincues que la gravité de la situation est minimisée.

 

Ce fossé entre discours officiel et vécu des communautés renforce le sentiment d’impunité dont jouissent les gangs armés, souvent qualifiés de « bandits » dans le nord du pays.

 

Le kidnapping, un fléau national

 

Au Nigeria, l’enlèvement contre rançon s’est imposé comme une économie criminelle à part entière. Sur une période récente d’un an, les sommes versées aux ravisseurs se chiffreraient en millions de dollars. Malgré la proclamation de l’état d’urgence sécuritaire par le président Bola Tinubu fin 2024, les attaques continuent de frapper écoles, villages et désormais lieux de culte.

 

L’affaire de Kaduna dépasse désormais les frontières nigérianes. Les États-Unis ont publiquement accusé Abuja de ne pas protéger suffisamment les chrétiens, une lecture que le gouvernement rejette, rappelant que les violences touchent toutes les confessions. Des opérations militaires américaines ciblant des groupes extrémistes ont même été menées récemment dans le nord-ouest du pays.

 

Une épreuve de vérité pour l’État nigérian

 

Au-delà du débat religieux, l’enlèvement de Kurmin Wali pose une question centrale : celle de la capacité de l’État à garantir la sécurité de ses citoyens. Pour les familles des disparus, l’urgence est ailleurs — retrouver leurs proches, vivants.

 

Dans cette région meurtrie, chaque heure qui passe sans réponse concrète renforce la peur d’un précédent : celui d’un pays où même la prière ne protège plus.

 

Oura KANTE

Malikunafoni

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