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Mandat d’arrêt international contre Kemi Seba : Cotonou durcit le ton après la tentative de putsch

  • 13 déc. 2025
  • 3 min de lecture

 

« Ce jour marque la libération de notre pays. » Cette phrase, prononcée dans une vidéo largement relayée sur les réseaux sociaux, est aujourd’hui au cœur d’une procédure judiciaire d’envergure. La justice béninoise a émis, vendredi 12 décembre 2025, un mandat d’arrêt international contre le militant panafricaniste Kemi Seba, l’accusant d’avoir publiquement soutenu la tentative de coup d’État survenue le 7 décembre à Cotonou.

 

Une prise de position qui franchit la ligne rouge

 

Quelques heures après l’annonce télévisée de militaires affirmant avoir renversé le président Patrice Talon, Kemi Seba s’était exprimé pour saluer ce qu’il présentait comme un acte de souveraineté populaire. Dans cette intervention vidéo, il qualifiait les auteurs de la mutinerie de « militaires patriotes » et appelait à soutenir leur action. Des propos que les autorités judiciaires béninoises estiment constitutifs d’infractions graves.

 

Selon des informations rapportées par RFI, le militant est poursuivi pour apologie de crime contre la sûreté de l’État, incitation à la haine, à la violence et à la rébellion. L’AFP, citant une source judiciaire, confirme des chefs d’accusation similaires, notamment l’incitation directe à la rébellion.

 

Une figure clivante au rayonnement international

 

De son vrai nom Stellio Gilles Robert Capo Chichi, Kemi Seba, 44 ans, s’est imposé au fil des années comme l’un des visages les plus médiatisés du panafricanisme radical. Dirigeant de l’ONG Urgences panafricanistes, il s’est bâti une large audience numérique environ 1,5 million d’abonnés grâce à un discours frontalement hostile à la France et aux dirigeants africains jugés trop proches de Paris.

 

Né franco-béninois, il a perdu sa nationalité française en 2024. Il revendique par ailleurs son soutien aux régimes militaires issus de coups d’État au Sahel. La junte nigérienne lui a notamment délivré un passeport diplomatique, un geste qui avait déjà suscité de vives réactions sur la scène régionale.

 

Un contexte sécuritaire et politique sous tension

 

La tentative de coup d’État du 7 décembre a été rapidement neutralisée par les forces armées béninoises, avec l’appui de partenaires régionaux et internationaux, dont le Nigeria et la France. Plusieurs militaires ont été interpellés. Le principal suspect présenté comme le cerveau du complot, le lieutenant-colonel Pascal Tigri, reste cependant introuvable.

 

L’émission du mandat d’arrêt contre Kemi Seba s’inscrit dans une réponse judiciaire plus large. Le même jour, l’ancien ministre de la Défense et opposant politique Candide Azannaï a été interpellé à Cotonou, renforçant le sentiment d’un durcissement sécuritaire.

 

Un nouvel épisode judiciaire aux répercussions régionales

 

Ce mandat d’arrêt international vient s’ajouter à un long contentieux entre Kemi Seba et plusieurs États. Le militant a déjà été arrêté, expulsé ou refoulé dans des pays comme le Sénégal, la Côte d’Ivoire ou la Guinée. En France, il avait été placé en garde à vue en 2024 dans le cadre d’une enquête portant sur de possibles liens avec le groupe paramilitaire russe Wagner, selon des sources judiciaires françaises.

 

Au Bénin, cette affaire relance le débat sur l’équilibre entre sécurité et libertés publiques. Si le président Patrice Talon est souvent salué pour ses performances économiques, ses opposants dénoncent un climat politique de plus en plus restrictif. La suite de la procédure judiciaire contre Kemi Seba, notamment l’éventuelle activation des mécanismes d’Interpol, pourrait désormais déplacer ce dossier sensible sur le terrain diplomatique international.

 

Oura KANTE

Malikunafoni

 

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