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Mali : le 14 janvier, quand une crise régionale a refaçonné le récit national

« Nous avons tenu bon. » Cette phrase, souvent reprise dans l’espace public malien, résume l’état d’esprit qui entoure désormais le 14 janvier. Derrière cette date, il n’y a pas seulement le souvenir des sanctions imposées en 2022, mais la naissance d’un récit national fondé sur l’épreuve, la résistance et la réaffirmation d’un choix politique assumé.

 

Au début de l’année 2022, le Mali traverse une période de fortes tensions avec ses partenaires régionaux. La décision de la CEDEAO et de l’UEMOA, prise le 9 janvier à Accra, entraîne une série de mesures lourdes : frontières fermées, flux financiers interrompus, isolement économique brutal. Pour un pays déjà fragilisé par une crise sécuritaire et sociale persistante, le choc est immédiat.

 

Pourtant, ce contexte de pression extérieure ne produit pas l’effet attendu. Au lieu d’un affaiblissement interne, une dynamique inattendue s’installe. Dans plusieurs villes du pays, des rassemblements spontanés voient le jour. Des citoyens ordinaires, des leaders communautaires et des organisations de la société civile expriment publiquement leur rejet des sanctions, perçues comme une atteinte directe à la dignité nationale.

 

Ce moment marque un basculement dans la perception collective de la crise. Le débat ne se limite plus au calendrier électoral ou aux relations diplomatiques. Il s’élargit à une question plus profonde : celle de la souveraineté et du droit d’un État à définir seul son avenir. C’est cette lecture qui va progressivement s’imposer dans le discours officiel.

 

Un an plus tard, en 2023, les autorités de la Transition franchissent une étape symbolique en instituant le 14 janvier comme « Journée nationale de la souveraineté retrouvée ». L’objectif affiché est clair : inscrire cet épisode dans la mémoire collective comme un moment fondateur, au même titre que d’autres dates marquantes de l’histoire nationale.

 

Depuis l’adoption de la nouvelle Constitution le 22 juillet 2023, cette date trouve un écho particulier. Les principes de souveraineté, de liberté dans le choix des partenariats et de défense des intérêts vitaux des populations y sont désormais consacrés juridiquement. Pour les tenants de cette ligne politique, le 14 janvier apparaît comme le prélude idéologique à cette refondation institutionnelle.

 

Quatre ans après les sanctions, la portée du 14 janvier dépasse donc le simple souvenir d’une crise économique. Il est devenu un repère politique, un outil de mobilisation et un marqueur identitaire dans un environnement régional toujours marqué par l’instabilité et les recompositions géopolitiques.

 

Reste une interrogation qui traverse aujourd’hui le débat public : ce symbole, né dans l’adversité, saura-t-il se traduire durablement en avancées concrètes pour les populations, au-delà de la mémoire et des discours ? Les prochaines années diront si le 14 janvier restera un jalon historique ou s’il deviendra le socle d’un nouveau contrat national.

 

La Rédaction

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