Lutte contre le vol de bétail : le Mali mise sur le droit pénal, la technologie et la coopération régionale
- malikunafoninet
- il y a 2 jours
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« Le vol de bétail n’est plus un simple fait rural : il est devenu une menace économique et sécuritaire majeure. » C’est autour de ce constat que le Mali a porté sa voix à Dakar, lors d’un atelier sous-régional consacré à la prévention et à la lutte contre le vol de bétail en Afrique de l’Ouest, organisé sous l’égide de la FAO.
Réuni avec ses homologues ouest-africains, des représentants d’organisations internationales et des partenaires techniques, le ministre malien de l’Élevage et de la Pêche, Youba Ba, a présenté une lecture claire des réponses engagées par le Mali face à un phénomène aux conséquences lourdes pour les éleveurs comme pour la stabilité régionale.
Un pilier économique fragilisé
Pays d’élevage par excellence, le Mali tire près d’un cinquième de son produit intérieur brut de ce sous-secteur, selon les données nationales. Le cheptel malien se compte en dizaines de millions de têtes, toutes espèces confondues, faisant de l’élevage un levier central de revenus, d’emplois et de cohésion sociale.
Mais cette richesse est aujourd’hui fragilisée. Le vol de bétail, exacerbé par l’insécurité et les réseaux criminels, prive les éleveurs de leurs moyens de subsistance et alimente, dans certains cas, les circuits de financement des groupes armés. Entre 2016 et 2022, les pertes économiques liées à ce fléau sont estimées à près de 18 milliards de francs CFA.
Le choix du durcissement pénal
Face à l’ampleur du phénomène, les autorités maliennes ont opté pour un signal fort : la criminalisation du vol de bétail. Depuis décembre 2024, le Code pénal malien qualifie ce crime de délit grave, passible de lourdes peines de prison, notamment lorsque les faits sont commis de nuit, en bande organisée ou lorsqu’ils portent directement sur le cheptel.
Pour le ministre Youba Ba, ce cadre juridique renforcé marque un tournant. Il vise à dissuader, mais aussi à donner aux forces de sécurité et à la justice des outils clairs pour agir efficacement sur le terrain.
Une stratégie nationale à long terme
Au-delà de la répression, le Mali a fait le pari d’une réponse structurelle. La Stratégie nationale de stabilisation et de sécurisation du bétail malien, adoptée pour la période 2025-2034, constitue désormais la boussole de l’action publique dans ce domaine.
Cette feuille de route repose sur plusieurs leviers : la sécurisation des espaces pastoraux, l’aménagement et le contrôle des couloirs de transhumance, le déploiement coordonné des forces de sécurité, ainsi qu’un renforcement de la coopération transfrontalière avec les pays voisins, notamment le Niger et le Burkina Faso.
L’objectif affiché est clair : stabiliser durablement le cheptel, protéger les éleveurs et assécher les circuits illégaux liés au trafic de bétail.
La technologie comme outil de rupture
Autre axe central présenté à Dakar : la traçabilité animale. Le Mali s’appuie déjà sur l’outil STAMP+, développé dans le cadre du projet PRAPS, qui permet de suivre les mouvements des troupeaux et de mieux contrôler les marchés à bétail.
À cela s’ajoute un chantier en cours avec le Sénégal et la FAO : la mise en place d’un Système national d’identification et de traçabilité du bétail (SNITB). Grâce à des applications mobiles et à des dispositifs électroniques, les animaux pourront être identifiés et suivis en temps réel, limitant ainsi les possibilités de revente frauduleuse.
Les communautés au cœur du dispositif
La stratégie malienne accorde également une place importante aux communautés pastorales. Des cellules locales de veille et de surveillance doivent être installées au niveau des villages et des communes, avec des comités chargés de la protection des points d’eau, des périmètres pastoraux et des infrastructures clés.
Ces mécanismes communautaires, appuyés par l’administration et les collectivités locales, visent à renforcer la prévention, l’alerte précoce et la protection de proximité des troupeaux.
Une réponse régionale en construction
En portant cette expérience à Dakar, le Mali a plaidé pour une harmonisation des législations et des pratiques au niveau sous-régional. L’enjeu est d’éviter que les marchés frontaliers ne deviennent des zones de « blanchiment » du bétail volé et de renforcer la lutte contre les réseaux transnationaux.
Les travaux de l’atelier, qui se poursuivent jusqu’au 13 février 2026, devraient déboucher sur des recommandations communes, appelées à renforcer la coopération entre États ouest-africains face à un fléau désormais reconnu comme un défi sécuritaire autant qu’économique.
Oura KANTE
Malikunafoni










































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