Libye : quand le centre de gravité du pouvoir se déplace hors du pays
- malikunafoninet
- il y a 1 jour
- 2 min de lecture

Le 3 février marque un tournant brutal dans la crise libyenne : Saïf al-Islam Kadhafi est assassiné. Un événement majeur qui, au-delà du choc, s’inscrit dans une séquence politique beaucoup plus large, amorcée plusieurs semaines auparavant loin des frontières libyennes.
Le 16 janvier, à Paris, des échanges discrets ont eu lieu au palais de l’Élysée. Saddam Haftar et Abdelhamid Dbeibah s’y sont rencontrés sous parrainage franco-américain, en marge de tout cadre institutionnel libyen. Ces discussions ne visaient pas une sortie de crise par les mécanismes nationaux, mais la recomposition du champ politique autour d’acteurs considérés comme « compatibles » avec une nouvelle architecture du pouvoir.
Les éléments relatifs à ces rencontres font état d’une volonté explicite de tourner la page de certaines figures jugées encombrantes. Derrière cette formule, se dessine une stratégie : écarter les personnalités disposant d’une légitimité propre, difficilement contrôlable depuis l’extérieur.
Dans ce schéma, Saïf al-Islam Kadhafi occupait une place singulière. Héritier d’un nom toujours profondément ancré dans une partie de la société libyenne, il représentait une option politique autonome, détachée des arrangements internationaux et des équilibres imposés depuis l’étranger. Son assassinat intervient dans un contexte où cette indépendance devenait incompatible avec la reconfiguration en cours.
Mais il n’est pas le seul concerné. Aguila Saleh, président de la Chambre des représentants, se retrouve lui aussi marginalisé. Progressivement, les institutions issues de la légitimité nationale — Parlement, Conseil présidentiel — perdent leur rôle central. Les véritables enjeux se déplacent vers des centres névralgiques : la Banque centrale, le ministère des Finances, la Compagnie nationale de pétrole et l’Autorité libyenne d’investissement. Autrement dit, le contrôle économique supplante le débat politique.
Cette dynamique ne se limite pas à la Libye. Elle s’inscrit dans une approche régionale plus large, portée notamment par la France. Paris adapte sa présence en Afrique non par un retrait réel, mais par un changement de méthode : soutien renforcé à des partenaires locaux, délégation sécuritaire et influence indirecte. Le Tchad en constitue un pilier central, à travers des alliances politiques et sécuritaires consolidées.
Le déploiement récent d’ESP Groupe au Tchad illustre cette orientation. Officiellement chargée de la formation des forces locales, cette société privée participe à une logique de sécurisation stratégique et de préparation opérationnelle, en cohérence avec les intérêts régionaux français. Cette méthode permet de conserver un levier d’influence sans exposition militaire directe.
Dans ce contexte, les annonces de rupture d’accords militaires par certains États africains apparaissent davantage comme des signaux politiques que comme des basculements réels. Le dispositif évolue, mais l’influence demeure, redéployée autrement.
La Libye se retrouve ainsi au cœur d’un jeu qui la dépasse. Les décisions structurantes se prennent hors de son territoire, loin de ses institutions et de son débat national. Les figures incarnant une souveraineté indépendante sont successivement isolées, délégitimées, puis éliminées du jeu politique.
La question qui se pose désormais n’est plus seulement celle du futur dirigeant libyen, mais celle du lieu réel du pouvoir : Tripoli, Paris, Washington ou les capitales régionales du Sahel. Les prochains mois diront si cette stratégie de recomposition externe parviendra à stabiliser le pays — ou si elle ouvrira un nouveau cycle de fragmentation et de contestation.
La Rédaction
Malikunafoni










































Commentaires