Dévaluation du franc CFA : pourquoi la proposition de Citi suscite une vive controverse en Afrique centrale
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« La souveraineté monétaire de l’Afrique centrale n’est pas à vendre. » Cette conviction résume l’état d’esprit de nombreux observateurs après la publication d’une note de la banque américaine Citigroup, qui suggère une dévaluation du franc CFA utilisé dans les pays de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale.
La réaction ne s’est pas fait attendre. Le gouverneur de la Banque des États de l’Afrique centrale, Yvon Sana Bangui, a rapidement assuré qu’aucune dévaluation n’était envisagée. Une mise au point destinée à rassurer les marchés et les populations, encore marquées par le précédent de 1994.
Une bataille autour des devises du pétrole et des mines
Au cœur du débat se trouve une décision récente de la BEAC. L’institution veut obliger les entreprises pétrolières, gazières et minières à rapatrier une part croissante des devises qu’elles tirent de leurs exportations.
Aujourd’hui limité à 35 %, ce taux doit atteindre 50 % au 1er janvier 2027 puis 70 % en 2028. Concrètement, une plus grande partie des dollars et des euros générés par les ressources naturelles du Cameroun, du Gabon, du Congo-Brazzaville et des autres États de la CEMAC devra être déposée dans les banques de la sous-région.
Pour les autorités monétaires, cette mesure vise à renforcer les réserves de change et à soutenir la stabilité financière régionale.
Un contentieux de plusieurs milliards de francs CFA
Cette réforme intervient après plusieurs années de discussions difficiles avec les compagnies extractives, notamment autour des fonds destinés à la restauration des sites exploités. Ces provisions, évaluées à environ 6 000 milliards de FCFA, sont largement conservées à l’étranger.
Selon l’analyse de Sob Amyn Fouejeu, l’échec des négociations aurait conduit la BEAC à adopter une stratégie plus ferme afin de récupérer une partie des flux financiers générés par les ressources naturelles.
Pourquoi l’idée d’une dévaluation inquiète
Dans la mémoire collective, une dévaluation reste synonyme de hausse brutale des prix. Une baisse de la valeur du franc CFA renchérirait immédiatement le coût des produits importés, notamment les médicaments, les céréales et les équipements.
Les États verraient également le poids de leur dette extérieure augmenter, puisque les remboursements libellés en devises étrangères coûteraient davantage en monnaie locale. À cela s’ajouterait un risque de hausse des taux d’intérêt sur les marchés financiers régionaux.
Un débat sur la souveraineté économique
Pour les partisans de la ligne défendue par la BEAC, la recommandation de Citi est perçue comme une pression visant à freiner la reprise en main des recettes issues du pétrole, du gaz et des mines.
Ils rappellent que plusieurs pays africains, comme le Nigéria, la Zambie ou encore l’Algérie, imposent eux aussi des règles strictes sur le rapatriement des devises.
Une question hautement politique
Au-delà des considérations techniques, cette controverse révèle une interrogation plus profonde : qui doit contrôler les revenus tirés des ressources naturelles africaines ?
Pour de nombreux observateurs, la réponse à cette question déterminera la capacité de l’Afrique centrale à consolider ses réserves de change, financer son développement et préserver son autonomie économique face aux pressions extérieures.
La Rédaction
Malikunafoni




































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