Comment la Chine est passée de la misère de masse à l’éradication quasi-totale de la pauvreté
- malikunafoninet
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« En moins d’un demi-siècle, un pays majoritairement pauvre est devenu l’une des principales puissances économiques mondiales. » Ce basculement, rarement observé à une telle échelle, concerne la Chine. Selon les données de la Banque mondiale, près de 90 % de la population chinoise vivait sous le seuil de pauvreté à la fin des années 1970. Aujourd’hui, cette proportion est inférieure à 1 %.
Ce résultat n’est ni le fruit du hasard ni d’un choc providentiel. Il repose sur une stratégie progressive, fondée sur des choix politiques pragmatiques, une approche scientifique du développement et une mobilisation collective continue.
1978 : rompre avec le dogme pour affronter la réalité
À la fin des années 1970, la Chine sort affaiblie par des décennies de rigidité idéologique et d’inefficacité économique. L’arrivée de Deng Xiaoping marque un tournant décisif. Sans renier le cadre politique existant, les nouvelles autorités choisissent de placer l’efficacité économique au-dessus des dogmes.
La priorité devient claire : former, produire, expérimenter. L’éducation technique, l’agriculture productive et la responsabilisation locale sont mises en avant. Des initiatives jusque-là marginales, parfois même illégales, sont observées, évaluées puis intégrées dans les politiques nationales lorsqu’elles démontrent leur efficacité.
Tester avant de généraliser : une méthode assumée
Contrairement à de nombreuses réformes menées de manière uniforme, la Chine adopte une logique expérimentale. Des territoires pilotes sont créés pour tester de nouveaux modèles économiques : ce sont les Zones économiques spéciales.
L’exemple de Shenzhen illustre cette démarche. À l’origine simple zone rurale côtière, la ville devient un laboratoire grandeur nature. Les autorités y observent les résultats, corrigent les erreurs et étendent progressivement les politiques efficaces à d’autres régions. Cette approche pragmatique, inspirée des sciences appliquées, limite les risques tout en accélérant l’apprentissage collectif.
Produire avant de consommer
Un autre choix structurant concerne la trajectoire économique elle-même. La Chine privilégie d’abord la production industrielle et l’exportation, avant l’élévation du niveau de vie intérieur. Pendant que la population vivait encore modestement, les usines chinoises fabriquaient déjà pour les marchés internationaux.
Cette stratégie permet d’accumuler des devises, de renforcer les compétences industrielles et de bâtir des chaînes de valeur nationales solides. La consommation intérieure viendra plus tard, une fois les bases productives consolidées.
Les infrastructures comme levier contre la pauvreté
La lutte contre la pauvreté s’est également jouée sur le terrain physique. Routes, ports, chemins de fer, électricité et logistique ont été considérés comme des investissements sociaux autant qu’économiques.
En trois décennies, la Chine a déployé l’un des réseaux d’infrastructures les plus denses au monde. Ce maillage a réduit les coûts de transport, rapproché les zones rurales des marchés et intégré des millions de producteurs à l’économie nationale. Pour les autorités, chaque route construite était un raccourci vers la réduction de la pauvreté.
Organisation collective et capacité d’exécution
Enfin, la réussite chinoise repose sur une forte capacité de mobilisation. Les projets publics sont exécutés rapidement, avec une coordination stricte entre institutions, entreprises et travailleurs. L’exemple de la construction accélérée d’infrastructures sanitaires à Wuhan en 2020, en pleine crise du COVID-19, a illustré cette culture de l’exécution.
Cette discipline collective ne repose pas sur un génie particulier, mais sur une organisation méthodique, des objectifs clairs et une forte responsabilisation des acteurs à tous les niveaux.
Une leçon plus qu’un modèle
L’expérience chinoise ne constitue pas un modèle universel à copier mécaniquement. Elle montre toutefois une chose essentielle : la pauvreté n’est pas une fatalité. Elle peut reculer lorsque les politiques publiques s’appuient sur l’éducation, la production, les infrastructures, l’expérimentation et la capacité à corriger les erreurs.
À l’heure où de nombreux pays du Sud cherchent leur propre voie de développement, l’exemple chinois rappelle que le progrès économique est moins une question de discours que de méthode.
Oura KANTE
Malikunafoni
Données de la Banque mondiale ; analyses historiques sur les réformes économiques chinoises depuis 1978.










































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