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Cinémas sud-africains : un documentaire sur Melania Trump retiré à la dernière minute

 

« Le film ne sortira finalement pas en salles. » La décision est tombée sans préavis. À quelques heures de sa diffusion annoncée, le documentaire consacré à Melania Trump a été retiré de l’ensemble des cinémas sud-africains, suscitant interrogations et spéculations dans le milieu culturel.

 

Prévu pour être projeté ce vendredi 30 janvier dans plusieurs grandes villes du pays, le film a disparu des programmes des réseaux NuMetro et Ster Kinekor, principaux exploitants de salles en Afrique du Sud. Le distributeur local, Filmfinity, détenteur des droits de diffusion, a confirmé l’annulation sans fournir d’explications détaillées.

 

Une justification vague, un malaise perceptible

 

Interrogé sur cette déprogrammation soudaine, le responsable marketing de Filmfinity, Thobashan Govindarajulu, a évoqué « le climat actuel et les récents développements » pour justifier le retrait du documentaire, sans préciser la nature exacte de ces éléments.

 

Le film, centré sur la vie de la Première dame américaine dans les semaines précédant la seconde investiture de Donald Trump, ne fera donc pas l’objet d’une sortie en salles sur le territoire sud-africain, du moins à ce stade. Cette absence de clarté alimente les hypothèses autour d’une décision qui dépasse le simple cadre commercial.

 

Industrie du cinéma sous tension

 

Cette annulation intervient dans un contexte difficile pour le secteur audiovisuel sud-africain. Longtemps considéré comme l’un des pôles majeurs de production sur le continent, le pays traverse une période de blocage liée au gel quasi total des mécanismes de crédits d’impôts et de remboursements fiscaux destinés à soutenir les tournages.

 

Selon les professionnels du secteur, près de 27 millions d’euros de budget annuel resteraient inutilisés, provoquant un ralentissement brutal des productions locales et internationales, et une hausse significative du chômage dans les métiers du cinéma. Des représentants de la filière ont récemment exprimé leur exaspération devant le Parlement, dénonçant un système à l’arrêt.

 

Dans ce contexte, certains observateurs estiment que la déprogrammation du documentaire pourrait aussi refléter une prudence économique, voire une incapacité structurelle à soutenir certaines sorties en salles.

 

L’ombre des tensions diplomatiques

 

Mais l’hypothèse politique ne peut être écartée. Les relations entre Pretoria et Washington se sont fortement détériorées ces derniers mois. La plainte déposée par l’Afrique du Sud contre Israël devant la Cour internationale de justice, accusant l’État hébreu de génocide à Gaza, a provoqué une réaction virulente de Donald Trump, multipliant critiques et déclarations hostiles à l’égard du gouvernement sud-africain.

 

Le président américain a notamment accusé Pretoria de « persécution » à l’encontre des Afrikaners et dénoncé ses relations avec Moscou. La sortie temporaire de l’Afrique du Sud du G20, l’empêchant de participer au prochain sommet prévu aux États-Unis, illustre l’ampleur de la crispation diplomatique.

 

Dans ce climat, la diffusion d’un documentaire consacré à l’épouse de Donald Trump pouvait apparaître comme un sujet sensible, voire inflammable, pour certains acteurs culturels locaux.

 

Quand la culture devient un terrain d’expression des tensions

 

Si aucune censure officielle n’a été annoncée, le retrait du film pose une question plus large : celle de l’impact des relations internationales sur les échanges culturels. Lorsque les désaccords politiques atteignent les écrans de cinéma, c’est l’ensemble du dialogue culturel qui se fragilise.

 

Reste à savoir si cette déprogrammation marque un simple épisode isolé ou le symptôme d’un refroidissement plus profond entre deux pays dont les relations, autrefois étroites, semblent désormais engagées sur une pente incertaine.

 

Oura KANTE

Malikunafoni

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