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Audit post-dissolution des partis politiques : l’incompréhension grandit

  • 21 juin 2025
  • 2 min de lecture

Alors que les formations politiques dissoutes s’apprêtaient à collaborer à l’audit de leurs comptes, la démarche enclenchée par la Cour suprême soulève un malaise profond. Pour de nombreux anciens responsables, l’opération ressemble davantage à un règlement de comptes politique qu’à une quête sincère de transparence.

 

« Nous ne tremblons pas, nous résistons à l’arbitraire, car la violation des droits humains est une responsabilité partagée », affirme Yaya Sangaré, ancien député de Yanfolila et ancien ministre, visiblement indigné par ce qu’il considère comme une manœuvre politique déguisée.

 

Depuis l’annonce de l’audit des comptes financiers des partis politiques dissous, de nombreux responsables, notamment ceux de l’ex-Adéma-PASJ, ont d’abord exprimé un certain soulagement : enfin l’occasion de prouver que les fonds publics reçus avaient été utilisés de manière rigoureuse. La Charte des partis politiques, en vigueur jusqu’à son abrogation récente, prévoyait en effet un financement public équivalant à 0,25 % des recettes fiscales. Un dispositif de contrôle, placé sous l’autorité de la Section des comptes de la Cour suprême, avait été mis en place pour valider chaque dépense.

 

Mais très vite, l’enthousiasme s’est mué en inquiétude. Car depuis 2018, aucune subvention publique n’a été versée aux partis politiques, malgré leur inscription continue dans les lois de finances successives. « Où est donc passé cet argent ? », s’interrogent plusieurs anciens responsables, qui dénoncent un possible détournement de fonds publics… par l’État lui-même.

 

La dissolution brutale des partis politiques le 13 mai 2025, survenue avant même la transmission des pièces comptables demandées, jette le trouble sur la sincérité de la démarche. « Comment peut-on auditer des entités qui n’ont plus d’existence légale, sans interlocuteur reconnu ? », interroge un cadre politique joint à Bamako. Pire encore, l’interdiction de toute activité politique empêche même de regrouper les documents, dont certains seraient archivés dans les anciens sièges désormais inaccessibles.

 

La lettre adressée aux « présidents » des partis par la Cour suprême fait bondir les juristes : en vertu du décret de dissolution, ces titres n’existent plus légalement. Pour beaucoup, l’audit semble destiné non pas à faire la lumière sur les comptes mais à discréditer les anciens partis et leurs responsables. « C’est un piège grossier », s’emporte un ancien trésorier général, qui rappelle que les comptes ont été régulièrement déposés et validés avant toute allocation de fonds.

 

Sur le fond, les anciens partis n’excluent pas d’intenter une action contre l’État pour détournement, dénonçant le non-versement des subventions prévues par la loi. Mais dans l’immédiat, ils se disent dans l’incapacité de répondre formellement à la demande de la Cour suprême : l’interdiction d’agir, la dispersion des archives et l’inexistence légale des structures rendent toute coopération quasiment impossible.

 

Face à ce qu’il considère comme une « tragi-comédie politico-juridique », Yaya Sangaré appelle à la levée des entraves pour une reddition de comptes transparente et équitable. « L’abus du pouvoir enfante tous les crimes », conclut-il, citant un philosophe. Une manière de rappeler que l’histoire retiendra, un jour, le fond des choses.

 

Oura KANTÉ

Malikunafoni

 

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