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Uranium nigérien saisi : Paris lance une enquête pour « vol organisé » et craint une dérive stratégique

  • 21 déc. 2025
  • 3 min de lecture

 

La justice française suspecte la junte de Niamey de vouloir vendre 1 600 tonnes de yellowcake d’Orano à des puissances hors du bloc occidental, ravivant une crise géopolitique et la bataille pour les ressources africaines. 310 millions de dollars de concentré d’uranium bloqués entre Arlit, Niamey et peut-être le port de Lomé. L’enquête pour « vol en bande organisée » ouverte à Paris dépasse le simple différend commercial et plonge au cœur des recompositions explosives au Sahel, où la Russie et l’Iran rôdent.

 

« Vol en bande organisée » : c’est l’accusation lourde que le parquet de Paris a retenue après la plainte du groupe nucléaire français Orano. Au cœur de l’affaire, la saisie physique par la junte militaire nigérienne d’un stock stratégique de 1 600 tonnes de concentré d’uranium, le fameux yellowcake. Estimé à près de 310 millions de dollars, ce minerai était entreposé sur le site historique de la Somaïr à Arlit, fleuron désormais nationalisé de l’ex-puissance coloniale.

 

Pour la justice française, il ne s’agit pas d’un simple acte de souveraineté économique. En confiant l’enquête à la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI), les magistrats visent une organisation structurée cherchant à écouler illégalement cette matière première stratégique. « L’enquête s’oriente vers l’hypothèse d’une vente à des puissances étrangères en dehors des circuits et traités internationaux qui régulent le commerce nucléaire », explique une source judiciaire sous couvert d’anonymat.

 

La piste d’un contournement des sanctions et des alliances occidentales est privilégiée. Les regards se tournent naturellement vers Moscou. La Russie, via le géant Rosatom, a multiplié les signes d’intérêt pour les ressources nigériennes depuis le coup d’État de 2023 et le départ des troupes françaises. Téhéran est aussi dans le viseur des services de renseignement, alors que les tensions sur son programme nucléaire persistent. Le convoi aurait été partiellement vu se dirigeant vers le port de Lomé, au Togo, via le Burkina Faso – deux pays également sous régime militaire et tournés vers de nouveaux partenariats.

 

Face à cette offensive, Niamey campe sur une position de souveraineté retrouvée. Le régime militaire dénonce des décennies d’exploitation « inéquitable » par Orano (ex-Areva) et affirme son droit inaliénable à disposer de ses richesses. La saisie est présentée comme un acte de justice économique, rendant caducs selon eux les anciens contrats.

 

Sur le plan juridique, la bataille s’annonce longue et complexe. Outre l’enquête pénale à Paris, Orano a déjà saisi le Centre international pour le règlement des différends relatifs aux investissements (CIRDI). L’objectif immédiat de la France est double : tenter de geler d’éventuels avoirs à l’étranger liés à cette opération et empêcher la revente sur les marchés parallèles.

 

Un symbole qui s’effondre, une filière qui résiste

 

Cet épisode marque un tournant historique. L’uranium nigérien, pilier symbolique de l’indépendance énergétique française depuis les années 1970, n’alimentera plus, à court terme, les centrales hexagonales. La rupture avec Niamey sonne le glas d’un partenariat ambigu, hérité de la décolonisation.

 

Cependant, l’impact sur les lumières de l’Hexagone devrait rester limité. La filière française, anticipe depuis des années cette diversification forcée. Elle s’appuie désormais principalement sur des importations en provenance du Kazakhstan, du Canada et de l’Australie, ainsi que sur des stocks stratégiques. La sécurité d’approvisionnement n’est donc pas immédiatement en jeu.

 

L’affaire du yellowcake nigérien est bien plus qu’un contentieux minier. Elle est le baromètre des luttes d’influence qui déchirent le Sahel. Alors que la junte de Niamey semble prête à brader un trésor national pour affermir ses nouvelles alliances, Paris utilise l’arsenal judiciaire pour contrer une dérive stratégique. Le risque est désormais de voir cette matière première, soigneusement régulée, alimenter des programmes nucléaires opaques. La prochaine étape se jouera dans l’ombre des ports du Golfe de Guinée et sur les marchés parallèles, où les enquêteurs de la DGSI tenteront d’intercepter la précieuse cargaison avant qu’elle ne change définitivement de mains.

 

Oura KANTE

Malikunafoni

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