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Transport routier : La société STAF suspendue pour six jours à compter de ce lundi

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La direction générale des transports terrestres et maritimes a notifié vendredi une suspension temporaire à la Société de transport Aorèma et frères (STAF). L’entreprise, qui exploite des lignes de voyageurs, est sommée de cesser immédiatement ses activités sur l’ensemble du territoire. En cause : des excès de vitesse à répétition et des infractions au code de la route.

 

Sur le papier, tout était en ordre. Licence en règle, autorisations valides, une flotte qui sillonne le pays depuis quatre ans. Pourtant, ce lundi 16 février 2026, les cars STAF resteront au garage.

 

La décision est tombée mercredi dernier. Le ministère de l’Administration territoriale et de la Mobilité a pris un arrêté de suspension à l’encontre de la Société de transport Aorèma et frères. Motif invoqué : « un non-respect récurrent des prescriptions relatives au code de la route et aux limitations de vitesse ». Une formulation administrative pour décrire ce que les usagers des routes nationales constatent parfois depuis leur fenêtre : des poids lourds roulant au-delà des vitesses autorisées, des dépassements hasardeux, des temps de conduite qui interpellent.

 

Silence radio chez STAF

 

Contactée par téléphone, la direction de STAF n’a pas répondu à nos sollicitations. Dans les gares routières de Ouagadougou, les chauffeurs de la société préfèrent ne pas s’exprimer. « On a juste reçu l’ordre de ne plus prendre la route lundi », glisse l’un d’eux, casquette vissée sur la tête, pressé de rejoindre son véhicule.

 

L’entreprise, immatriculée sous la licence 2021/03/01/T1/0002, est loin d’être une inconnue dans le paysage du transport burkinabè. Active depuis 2021, elle assure principalement des liaisons interrégionales. Mais cette notoriété n’a visiblement pas suffi à la prémunir contre les contrôles.

 

Trois obligations et une mise en demeure

 

Pendant la durée de la suspension, STAF ne pourra pas faire circuler le moindre véhicule de transport en commun, où que ce soit au Burkina Faso. Mais le ministère ne s’est pas contenté d’une simple mise à l’arrêt.

 

L’arrêté publié vendredi impose trois obligations précises :

 

Premièrement, l’intégralité du parc automobile de la société devra passer une inspection technique approfondie. Une manière de vérifier que les véhicules ne présentent pas de défaillances mécaniques pouvant expliquer, ou aggraver, les comportements dangereux relevés.

 

Deuxièmement, STAF doit produire un plan de mise en conformité. Pas une simple lettre d’intention, mais un document structuré, avec dates, responsables et engagements chiffrés. Ce plan devra notamment détailler le programme d’entretien systématique des véhicules, la liste nominative des conducteurs — preuves de qualification et de formation continue à l’appui — et les mesures internes que l’entreprise compte adopter pour renforcer la sécurité routière.

 

Troisièmement, et c’est le point central : la levée de la suspension ne sera pas automatique. Elle est subordonnée à l’effectivité de cette mise en conformité. En clair, tant que l’administration n’aura pas validé les actions menées, STAF restera à l’arrêt.

 

Des précédents qui pèsent

 

Ce n’est pas la première fois que les autorités burkinabè actionnent ce levier. Depuis l’adoption du cahier des charges de 2015, plusieurs transporteurs ont fait l’objet de suspensions temporaires. Mais ce type de décision reste relativement rare, et son déclenchement suppose généralement un faisceau d’infractions suffisamment grave pour justifier une mesure conservatoire.

 

Le ministère s’appuie ici sur plusieurs textes : la loi d’orientation des transports terrestres de 2008, le décret de 2014 fixant les conditions d’exercice de la profession, et bien sûr l’arrêté de 2015 qui constitue le cahier des charges opposable à tout transporteur de personnes.

 

Et si STAF ne se met pas en règle ?

 

L’arrêté est clair sur ce point : en cas de non-respect des dispositions, les articles 71 et 72 du cahier des charges entreront en vigueur. Sans entrer dans le détail juridique, ces articles prévoient des sanctions progressives pouvant aller jusqu’au retrait définitif de la licence d’exploitation.

 

Autrement dit, ce qui est présenté aujourd’hui comme une suspension temporaire pourrait, si l’entreprise ne réagit pas, déboucher sur une fermeture pure et simple. Un scénario que personne, ni l’administration ni les transporteurs, ne souhaite voir se réaliser.

 

Une suspension qui tombe en pleine semaine de forte affluence

 

Le calendrier de cette décision interpelle. La suspension prend effet ce lundi 16 février et court a priori jusqu’à la complète exécution des obligations. Or, cette période correspond traditionnellement à une hausse des déplacements. Pour les voyageurs habitués à emprunter les cars STAF, c’est une complication de dernière minute.

 

Plusieurs passagers rencontrés ce week-end à la gare routière de Ouaga ignoraient encore la nouvelle. « J’ai mon billet pour Bobo mercredi, je fais comment ? », s’inquiète Alassane, un commerçant. D’autres, plus fatalistes, balancent : « Si c’est pour la sécurité, on attendra un jour de plus. »

 

Un test pour la nouvelle direction de la mobilité

 

Cet arrêté est l’un des premiers coups d’éclat de la direction générale des transports terrestres et maritimes depuis le remaniement gouvernemental du 12 janvier dernier. Il traduit une volonté affichée : faire respecter les règles, y compris lorsque les contrevenants sont des acteurs installés.

 

Reste à savoir si cette fermeté portera ses fruits. STAF dispose désormais d’un horizon clair : inspection technique, plan de mise en conformité, formation des conducteurs. Autant de chantiers qui nécessitent du temps, de l’argent et une réelle prise de conscience.

D’ici là, les véhicules de la société resteront stationnés. Et leurs concurrents, eux, continueront de rouler.

 

Oura KANTE

Malikunafoni

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