Sahel : quand les groupes armés imposent leur loi et fragilisent les États
- 7 sept. 2025
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« Tant que les États ne répondront pas aux besoins de leurs citoyens, les groupes armés exploiteront les failles d’un système déliquescent », alerte le chercheur Mahamadou Konaté. Le constat est sans appel : en quinze ans, le Sahel est devenu l’un des épicentres mondiaux du terrorisme et de l’instabilité.
Des foyers de crise qui débordent vers le Golfe de Guinée
De Bamako à Ouagadougou, en passant par Niamey, des pans entiers du territoire échappent au contrôle des gouvernements. Profitant de la pauvreté, des tensions identitaires et de l’effondrement des services publics, des groupes comme le GSIM, l’EIGS ou encore AQMI transforment ces zones en sanctuaires. Pis, leur influence ne se limite plus aux frontières sahéliennes : Bénin, Togo et Côte d’Ivoire sont désormais visés par des incursions meurtrières.
Les racines d’un mal profond
Si ces organisations prospèrent, c’est d’abord parce qu’elles exploitent un terrain fragilisé par des décennies de marginalisation. Le chômage massif, l’absence d’infrastructures et la pauvreté endémique nourrissent le désespoir. À cela s’ajoutent des conflits locaux, souvent entre éleveurs et agriculteurs, exacerbés par le changement climatique. Dans ce vide, les groupes armés apparaissent parfois comme juges, protecteurs ou distributeurs de ressources, grignotant la légitimité de l’État.
Une stratégie transnationale bien huilée
Contrairement à l’image de bandes éparses, ces mouvements sont organisés et mobiles. Ils utilisent les frontières poreuses, recyclent les armes issues du chaos libyen et bâtissent des formes de gouvernance parallèle, fondées sur la charia. Leurs liens avec des réseaux du Maghreb et du Moyen-Orient, combinés à une capacité d’adaptation face aux offensives militaires, renforcent leur résilience.
Des conséquences en cascade
Au niveau local, les populations paient le prix fort : villages incendiés, écoles fermées, hôpitaux désertés, champs abandonnés. Des millions de déplacés survivent dans des conditions précaires. L’économie, déjà fragile, s’effondre sous les taxes illégales et les restrictions imposées par les groupes. Sur le plan international, la menace s’étend : flux migratoires accrus vers l’Europe, risques pour les investissements miniers et énergétiques, rivalités géopolitiques où s’entremêlent départ de la France, retrait de la MINUSMA et montée en puissance de la Russie.
Réinventer la réponse sécuritaire
Les opérations militaires n’ont pas suffi. Le « tout sécuritaire » a montré ses limites, parfois même aggravé la méfiance des populations. Les spécialistes insistent sur la nécessité d’un changement de cap : dialogue intercommunautaire, justice restaurative, gouvernance de proximité et développement local. Sans oublier une coopération régionale qui ne soit pas dictée par les agendas extérieurs, mais portée par les sociétés sahéliennes elles-mêmes.
Un tournant décisif
Le Sahel est à la croisée des chemins. Soit les États et leurs partenaires parviennent à bâtir une paix fondée sur la justice sociale et la dignité, soit la spirale de la violence continuera de s’étendre au-delà de la bande sahélienne. Pour beaucoup, la bataille contre le terrorisme ne se gagnera pas seulement par les armes, mais par la restauration de la confiance entre citoyens et institutions.
Oura KANTÉ
Malikunafoni




































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