Métaux stratégiques : cinq pays africains à l’assaut de la chaîne de valeur des batteries
- 6 juil. 2025
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Face à un marché mondial des batteries en pleine expansion, plusieurs États africains veulent transformer l’avantage minier en levier industriel et économique.
Avec près d’un tiers des réserves mondiales en minerais critiques, l’Afrique possède un potentiel unique pour peser dans l’industrie des batteries électriques. Cobalt, lithium, cuivre, graphite ou encore manganèse : autant de ressources essentielles pour alimenter la transition énergétique mondiale. Pourtant, la majorité des pays africains exportent encore ces matières premières à l’état brut, laissant échapper une valeur ajoutée considérable.
Aujourd’hui, cinq d’entre eux entendent inverser cette tendance, en se positionnant davantage dans la transformation locale et, pour certains, dans la production de composants ou de batteries elles-mêmes.
RDC : du cobalt à la chaîne de montage
Premier producteur mondial de cobalt, la République démocratique du Congo (RDC) se trouve au cœur des enjeux. Elle ambitionne désormais de transformer localement ses ressources, notamment via une zone économique spéciale dédiée aux batteries. Kinshasa s’est engagée avec la Zambie et les États-Unis dans un projet commun, dont les investissements initiaux pourraient dépasser les 30 milliards USD.
Parallèlement, la RDC investit dans des capacités de raffinage. L’État est récemment entré au capital d’une entreprise chargée de construire une raffinerie de cuivre et de cobalt, avec un objectif de production fixé à 30 000 tonnes de cuivre et 5 000 tonnes de cobalt raffinés d’ici 2027. Un forum panafricain dédié aux métaux de batteries est prévu à Kolwezi en septembre, avec possiblement des annonces concrètes à la clé.
Zimbabwe : le pari du lithium raffiné sur place
Principal fournisseur africain de lithium, le Zimbabwe veut désormais limiter les exportations de concentré brut et pousser à l’installation d’usines de transformation. Le gouvernement vise l’interdiction de ces exportations d’ici 2027 pour stimuler la production locale de sulfate, de carbonate et d’hydroxyde de lithium, tous utilisés dans la fabrication de batteries.
Des entreprises asiatiques sont déjà actives dans cette transition, avec des projets de transformation avancés. Le pays appuie également un projet pilote académique pour produire du lithium de qualité batterie, renforçant ainsi sa stratégie de montée en gamme.
Afrique du Sud : infrastructures et industrie en soutien
Dotée de gisements de manganèse, de nickel et d’une forte base industrielle, l’Afrique du Sud déploie une approche intégrée. Un fonds public a été mobilisé pour encourager la production locale de véhicules et de batteries électriques, avec une enveloppe d’environ 57 millions USD.
Plusieurs projets de gigafactories sont en préparation, notamment dans le Cap-Occidental. Des initiatives privées visent la production de cellules et composants de batteries, même si l’approvisionnement en métaux locaux reste à structurer.
Zambie : une stratégie alignée sur la transformation
Deuxième producteur africain de cuivre, la Zambie mise aussi sur la transformation locale. En plus de sa collaboration avec la RDC, le pays abritera bientôt une raffinerie de cobalt de qualité batterie, portée par l’entreprise Kobaloni Energy, avec l’appui de l’Union européenne et de la Africa Finance Corporation.
Le gouvernement cherche également à attirer des fabricants d’équipements électriques, en mettant en avant la proximité des gisements et des infrastructures minières déjà en place.
Ghana : ambitions fortes, réalité complexe
Le Ghana explore la voie de la production de batteries à partir du lithium et du graphite. Le projet phare repose sur la création d’une usine régionale de batteries au lithium-ion, portée par le fonds minier national. Toutefois, des études récentes montrent que ce projet pourrait réduire les recettes de l’État à court terme, notamment si le pays ne parvient pas à atteindre une taille critique ou à compenser les coûts par des gains industriels.
Malgré cela, le pays cherche des alliances, notamment avec le Mali, pour mutualiser l’approvisionnement et sécuriser la rentabilité d’une éventuelle usine.
Une ambition continentale freinée par des obstacles persistants
Si la volonté politique est là, les défis restent importants. Accès limité à l’énergie, infrastructures insuffisantes, financements incertains et faible capacité technique freinent encore l’émergence de véritables chaînes industrielles intégrées.
Des analystes appellent à une meilleure coordination régionale, soulignant que l’Afrique peut renforcer sa place dans le marché mondial des batteries en mutualisant ses capacités de production, de formation et de négociation.
Le chemin vers la souveraineté minière et industrielle est encore long, mais les premières pierres sont posées. La décennie qui s’ouvre pourrait bien être celle d’une nouvelle ère africaine dans l’économie verte mondiale.
Oura KANTÉ
Malikunafoni




































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