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Mali : un film redonne vie à Yambo Ouologuem, écrivain malien réduit au silence

  • il y a 50 minutes
  • 2 min de lecture

 

Pendant des décennies, il a choisi l’effacement. Puis le silence. Ce mardi 31 mars 2026, dans une salle de projection à Bamako, le nom de Yambo Ouologuem a résonné comme une reconnaissance tardive mais solennelle. Le Premier ministre, le général Abdoulaye Maïga, a assisté à la projection du documentaire « Yambo Ouologuem, la blessure », en présence du président du Conseil national de transition, Malick Diaw.

 

L’histoire de cet écrivain né en 1940 à Bandiagara tient presque du roman. En 1968, il publie Le Devoir de violence, un premier roman qui fracasse les clichés d’une Afrique idyllique d’avant la colonisation. L’œuvre raconte une autre vérité : celle des violences internes, des conquêtes arabes et de l’exploitation coloniale. Le prix Renaudot vient couronner cette audace. À l’époque, il devient le premier écrivain africain à recevoir cette distinction.

 

Mais la gloire a un goût amer. Des critiques européens lancent une campagne de diffamation. Ses pairs, selon le récit qu’en fait le film, ne lui tendent pas la main. L’écrivain tourne le dos au monde littéraire. À la fin des années 1970, il retourne au Mali, s’installe à Sévaré, embrasse une vie religieuse et refuse tout contact extérieur jusqu’à sa mort, en 2017.

 

C’est là que le réalisateur Kalilou Sy entre en scène. Son documentaire, présenté mardi devant les plus hautes autorités, part sur les traces de l’écrivain à Sévaré. Il tente de comprendre ce qui s’est joué dans cette métamorphose : comment un homme au sommet de son art choisit de « tuer » l’écrivain pour ne laisser vivre que l’homme de foi.

 

Le film mêle les témoignages de proches, d’écrivains et de ceux qui ont croisé sa route au Mali, notamment le réalisateur Moussa Ouane, seul à l’avoir interviewé dans le pays. Il ne se contente pas de raconter une vie. Il interroge la violence d’une critique littéraire qui a brisé un destin, et la manière dont une partie de l’élite intellectuelle a, selon les protagonistes du documentaire, abandonné l’un des siens.

 

À l’issue de la projection, le Premier ministre a livré ses impressions. Il a parlé de fierté, et d’une triple reconnaissance : celle du talent de l’écrivain, celle de l’injustice qu’il a subie, et celle de l’universalité de son combat pour la dignité humaine. Il a salué le réalisateur pour ce travail de réhabilitation, rappelant que Yambo Ouologuem, pour les autorités maliennes, n’est jamais tombé de son piédestal. Preuve en est, a-t-il souligné, le baptême de l’Université des Lettres et des Sciences Humaines de Bamako à son nom.

 

La projection de ce mardi ne ressemble donc pas à un simple hommage. Elle agit comme une réparation. Et peut-être comme une invitation, adressée à la jeunesse malienne et africaine, à redécouvrir une œuvre longtemps censurée, oubliée, mais que ce documentaire veut rendre à sa place dans l’histoire littéraire du continent.

 

Oura KANTE

Malikunafoni

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