L’Office du Niger, de fleuron national à terrain de jeu de quelques-uns : l’échec cuisant de quatre PDG
- 21 déc. 2025
- 2 min de lecture

Onze PDG se sont succédé à la tête de l’Office du Niger depuis 1994. Quatre d’entre eux, selon les rapports des contrôleurs de l’État et une partie de la presse, ont transformé ce fleuron stratégique de l’agriculture irriguée en une « vache laitière » personnelle. Leur point commun ? Une incompréhension totale de la mission de service public et une gestion qualifiée de prédatrice.
Les noms reviennent comme un sombre refrain : Kassoum Denon, Mamadou M’Baré Coulibaly, Abdoul Karim Konaté et Badara Aliou Traoré. Leurs mandats, bien que distincts, dessinent une même trajectoire de dérive, sanctionnée par la justice ou par des procédures internes de l’administration. Cette succession de scandales interroge sur les mécanismes de gouvernance d’une institution pourtant vitale pour la souveraineté alimentaire du Mali.
Des méthodes différentes, un même dédain pour l’intérêt général
Chacun a eu sa « spécialité ». Pour Kassoum Denon (2010-2011), ce fut le népotisme, avec l’attribution directe de marchés surfacturés à son entourage familial, notamment son beau-fils, selon les enquêtes du pôle économique et financier. Mamadou M’Baré Coulibaly (2016-2020) est, lui, pointé du doigt pour une gestion ayant mis à mal la santé financière de l’institution, avec des stratégies de contournement fiscal et le recours à des prestataires douteux.
Plus récemment, Abdoul Karim Konaté (2020-2024) a déployé une communication tapageuse – près de 250 millions de FCFA en un an en contrats médiatiques – qui contrastait avec une gestion opaque. Le Vérificateur Général relève plus d’un milliard de FCFA à justifier, évoquant des dépenses somptuaires en carburant et des recrutements massifs. Enfin, Badara Aliou Traoré (2024-2025) a clôturé la série par un passage en force de 20 mois, poursuivant des manipulations financières illégales alors même que son décret de nomination était abrogé, selon les informations du Ministère de l’Agriculture.
La leçon des gestionnaires intègres, restée lettre morte
Cette galerie d’échecs est d’autant plus frappante qu’elle contraste avec les mandats d’autres dirigeants, moins médiatiques mais plus soucieux de l’intérêt général. Des PDG comme Amadou Boye Coulibaly ou Boubacar Sow ont démontré qu’une gestion technocratique, sobre et axée sur les missions de développement rural était possible. Pourtant, les signaux d’alerte lancés par la justice, la presse ou les partenaires techniques n’ont visiblement servi de leçon à aucun des quatre.
La conclusion, amère, est que l’Office du Niger – cette « dernière mamelle restante » pour reprendre une expression locale – ne peut être le terrain de jeux d’ambitions personnelles. Alors que le Mali, dans un contexte de souveraineté renouvelée, prône une « MALIKOURA » – une rigueur morale exigée par le Président Assimi Goïta –, le secteur agricole attend plus que jamais des gestionnaires à la hauteur de son héritage de 93 ans et de son potentiel stratégique.
L’enjeu, désormais, est de savoir comment rompre définitivement ce cycle. La nomination du prochain PDG sera scrutée à la loupe, non seulement par les structures de contrôle de l’État, mais aussi par les milliers de producteurs et d’agents qui font vivre au quotidien ce patrimoine national. Leur attente est simple : un dirigeant qui serve enfin l’Office, et non l’inverse.
Oura KANTE
Malikunafoni




































Commentaires