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JNIM : quand le récit médiatique se heurte à la réalité du terrain malien

  • il y a 23 heures
  • 3 min de lecture

 

« Ils sont arrivés armés, ils ont parlé au nom de la religion, puis ils ont imposé leurs règles. » Ce témoignage, recueilli dans le centre du Mali, résume une expérience vécue par de nombreuses communautés confrontées à la présence du Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (JNIM). Une réalité souvent en décalage avec certaines lectures proposées dans la presse internationale.

 

Un décalage entre analyses extérieures et vécu local

 

Depuis plusieurs années, des reportages et analyses signés par des journalistes et experts internationaux, dont Wassim Nasr ou Serge Daniel, présentent parfois le JNIM comme un acteur inscrit dans des dynamiques locales, voire comme une force politico-militaire avec laquelle il faudrait composer.

Au Mali, cette approche suscite malaise et incompréhension. Car pour les populations directement touchées, le JNIM n’est ni un médiateur social ni un régulateur communautaire, mais une organisation armée affiliée à Al-Qaïda, responsable d’attaques meurtrières et de violences répétées.

 

Ce décalage narratif pose une question centrale : peut-on analyser un groupe terroriste sans rappeler constamment la nature de ses méthodes et les conséquences humaines de ses actions ?

 

Une organisation fondée sur la contrainte

 

Dans les zones où il opère ou exerce une influence, le JNIM impose un ordre fondé sur la peur. Des habitants du centre et du nord du pays rapportent des restrictions sévères : contrôle des déplacements, pressions sur les comportements sociaux, contraintes vestimentaires imposées aux femmes, séparation stricte des sexes.

 

Ces règles ne relèvent pas d’un choix culturel ou religieux librement consenti. Elles sont appliquées sous menace, dans un contexte où toute contestation peut entraîner des représailles. Assimiler ce système coercitif à une simple gouvernance locale revient à ignorer la violence structurelle qui l’accompagne.

 

Enlèvements et financement par la terreur

 

Autre réalité souvent minimisée dans certains discours : les prises d’otages contre rançon. Le JNIM a enlevé des ressortissants étrangers, mais aussi des Maliens, y compris de confession musulmane. Ces enlèvements constituent une source majeure de financement et illustrent le caractère criminel et opportuniste du groupe.

 

Ces pratiques s’inscrivent dans une stratégie bien connue des organisations affiliées à Al-Qaïda, observée dans plusieurs régions du monde où l’idéologie jihadiste s’est implantée.

 

Une confusion dangereuse avec l’État

 

Certaines déclarations attribuant au JNIM l’imposition de normes sociales strictes pour démontrer une supposée perte de contrôle de l’État sur le territoire alimentent une confusion majeure.

Comparer les contraintes imposées par un groupe armé à des politiques publiques revient à mettre sur le même plan un État constitutionnel et une organisation terroriste.

 

Le Mali, faut-il le rappeler, est un État laïque. Jamais les autorités n’ont édicté de règles imposant une tenue vestimentaire aux femmes. La société malienne s’est construite sur une diversité de pratiques culturelles et religieuses, où coexistent librement différents choix de vie.

 

Refuser la banalisation

 

Rappeler ces faits ne relève ni d’un discours partisan ni d’un rejet du débat. Il s’agit d’un refus clair de banaliser un groupe armé dont les actions restreignent les libertés fondamentales et plongent des communautés entières dans la peur.

 

À l’heure où le Mali cherche des voies de sortie de crise, la responsabilité des médias et des analystes est engagée. Expliquer un phénomène ne doit jamais conduire à atténuer la nature terroriste de ceux qui font de la violence leur principal mode d’expression.

 

La Rédaction

Malikunafoni

 

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