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Financement public des partis politiques : des milliards sans preuves, une réforme en ligne de mire

  • 5 janv.
  • 3 min de lecture

 

« Plus de quatre milliards de francs CFA sans pièces justificatives. » Le chiffre, lâché d’emblée lors d’une conférence de presse à la Cour suprême, résume à lui seul l’ampleur des dysfonctionnements révélés par l’audit du financement des partis politiques au Mali. Ce lundi 29 décembre 2025, le président de la Section des comptes, Abdoulaye Sow, a levé le voile sur vingt-cinq années de gestion financière des formations politiques. Un exercice inédit, engagé à la demande du Premier ministre, dans le sillage des recommandations issues des concertations nationales des forces vives, y compris celles des Maliens établis à l’extérieur.

 

Un paysage politique dense, mais peu transparent

 

Sur les 295 partis officiellement recensés par le ministère de l’Administration territoriale, moins de la moitié ont respecté, au moins une fois, l’obligation de rendre compte de leur gestion financière. Seuls 144 partis ont transmis un compte de gestion à la Section des comptes sur la période allant de 2000 à 2025.

 

Ces formations déclarent avoir mobilisé plus de 42 milliards de francs CFA, pour des dépenses avoisinant les 41 milliards. Mais derrière ces totaux globaux se cache une réalité plus préoccupante : une part significative des ressources et des dépenses ne repose sur aucune preuve comptable jugée conforme.

 

L’aide de l’État, principale source… et principal problème

 

L’analyse met en évidence une forte dépendance des partis politiques à l’aide publique. Plus de 24 milliards de francs CFA proviennent directement de l’État, contre environ 16,6 milliards issus de ressources propres. Un déséquilibre que le conférencier a résumé sans détour : le financement public représente presque le double des fonds générés par les partis eux-mêmes.

 

Plus troublant encore, certains partis ont bénéficié de subventions publiques sans jamais déposer de comptes, ou sans même intégrer ces montants dans leur comptabilité. Un écart apparaît également entre les chiffres de l’État, qui annonce près de 26 milliards distribués, et ceux déclarés par les partis bénéficiaires.

 

Dons occultes et dépenses sans justificatifs

 

L’audit relève aussi des flux financiers impossibles à retracer. Plus de trois milliards de francs CFA de ressources ne sont étayés par aucune pièce comptable probante. À cela s’ajoutent des dons et libéralités dépassant 90 millions de francs CFA, jamais déclarés à l’autorité de tutelle, en violation des textes en vigueur.

 

Côté dépenses, le constat est tout aussi sévère : plus de 4,3 milliards de francs CFA ont été engagés sans documents conformes, rendant impossible toute vérification sérieuse de leur utilisation.

 

Une mission d’utilité publique difficile à démontrer

 

Interrogé sur la mission d’utilité publique, souvent invoquée pour justifier le soutien de l’État, Abdoulaye Sow a tenu à nuancer. Il ne s’agit pas, selon lui, d’affirmer que les partis n’ont rien fait, mais de constater que, pour la majorité d’entre eux, les preuves documentées de ces actions n’ont pas été produites lors du contrôle.

 

Vers une refonte du financement politique ?

 

Face à ces manquements répétés, la Section des comptes ne se limite pas à dresser un bilan. Elle appelle à une réflexion de fond sur l’avenir du financement public des partis politiques : faut-il le maintenir ? À quel niveau ? Selon quels critères d’éligibilité ? Avec quelles règles de répartition, d’utilisation et de justification ?

 

Surtout, la juridiction financière recommande l’introduction de sanctions claires et dissuasives dans la future charte des partis politiques, afin que l’aide publique ne soit plus accordée sans contrepartie de transparence.

 

Alors que le Mali s’engage dans une refondation de son système politique, ce rapport pourrait bien marquer un tournant : celui où la survie des partis ne dépendra plus seulement de leur existence légale, mais de leur capacité à rendre des comptes à la nation.

 

Oura KANTE

Malikunafoni

 

 

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