Désinformation et guerre informationnelle : les médias maliens appelés à faire front face aux offensives narratives contre le Mali et l’AES
- 13 déc. 2025
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« Chaque mot compte, chaque image compte, et même chaque silence peut peser lourd. » Cette mise en garde résume l’esprit du panel de haut niveau consacré à la désinformation et à la guerre informationnelle contre le Mali et l’Alliance des États du Sahel (AES), tenu le jeudi 11 décembre 2025 à Bamako.
À l’heure où les conflits ne se livrent plus uniquement sur le terrain militaire, mais aussi dans l’espace médiatique et numérique, les autorités maliennes ont choisi d’ouvrir le débat avec les professionnels de l’information. La Direction de l’Information et des Relations Publiques des Armées (DIRPA), en collaboration avec le Centre d’Information Gouvernementale du Mali (CIGMA), a réuni responsables de médias, journalistes, communicateurs publics, blogueurs, influenceurs et acteurs des réseaux sociaux à l’hôtel de l’Amitié.
Une guerre sans armes visibles, mais aux effets profonds
Depuis plusieurs mois, le Mali fait face à une multiplication de récits hostiles sur sa situation sécuritaire, relayés par des médias étrangers, régionaux et parfois nationaux. Ces contenus, souvent accusés de partialité ou de manipulation, contribuent selon les organisateurs à fragiliser le moral des populations et à jeter le doute sur l’action des Forces armées maliennes (FAMa), engagées dans une lutte qu’elles qualifient de « sans ambiguïté » contre le terrorisme.
Pour les initiateurs du panel, l’information est devenue une arme stratégique. Mal maîtrisée ou détournée, elle peut amplifier la peur, diviser l’opinion et servir les desseins d’acteurs hostiles.
Communication institutionnelle : crédibilité, rapidité et vérité
Le premier axe de réflexion, consacré à la communication institutionnelle et politique en période de guerre informationnelle, a été développé par le directeur du CIGMA, Ibrahima Traoré. Il a mis en avant la montée en puissance des plateformes numériques gouvernementales, qui totalisent aujourd’hui plus de 361 000 abonnés, avec une croissance mensuelle de 11 %, plus de 11 millions de vues et près de 659 000 interactions.
Selon lui, la bataille se joue sur deux terrains essentiels : la rapidité de diffusion et la crédibilité de l’information. « La vérité reste notre principal rempart », a-t-il souligné, estimant que le gouvernement a fait de la communication un levier central dans la riposte à la désinformation.
Médias publics et presse privée face à la cabale médiatique
Sur le rôle des médias publics, Oumar Moussa Traoré, directeur de la Radio Rurale de l’ORTM, a insisté sur la coordination renforcée entre les organes d’État, notamment le CIGMA et l’ORTM, pour garantir l’accès aux sources fiables et proposer des contenus mieux contextualisés.
Dans le même esprit, le directeur général de l’AMAP, Alassane Souleymane Maïga, a alerté sur la banalisation de la désinformation. « Nous sommes en danger et nous devons agir », a-t-il prévenu, appelant à un traitement rigoureux et patriotique de l’actualité, face à des récits extérieurs jugés orientés et sélectifs.
Pour la presse privée et les médias sociaux, Bandjougou Dante, président de la Maison de la Presse, a plaidé pour une information « utile, propre et saine ». Il a également déploré la lenteur dans l’adoption des textes régissant le secteur, tout en invitant les médias à valoriser davantage les initiatives positives du pays afin de contrebalancer les campagnes hostiles.
La communication militaire au cœur du dispositif
Abordant la communication opérationnelle, le directeur de la DIRPA, le Colonel-major Souleymane Dembélé, a rappelé que la guerre actuelle est asymétrique, mêlant actions militaires et offensives informationnelles. Selon lui, rendre visibles et compréhensibles les actions des FAMa est un impératif stratégique.
« Informer, c’est aussi protéger », a-t-il expliqué, insistant sur la nécessité d’une communication proactive pour maintenir la confiance des populations et déjouer les tentatives de manipulation de l’opinion.
Vers une veille stratégique de l’information
La question de la riposte médiatique a été au centre de l’intervention du journaliste Alexis Kalambr y, directeur de publication de Nouvelle Tribune. Il a proposé la création d’un observatoire national de l’information, conçu comme un système d’alerte rapide face aux campagnes de désinformation. Il a également rappelé que le fact-checking n’est pas une nouveauté, mais le cœur même du métier de journaliste.
Le modérateur du panel, Salif Sanogo, ancien directeur de l’ORTM, a élargi la réflexion à l’usage de l’intelligence artificielle, appelant à la prudence face aux risques accrus de fabrication et de diffusion de fausses nouvelles.
Une responsabilité collective
Au terme des échanges, plusieurs intervenants, dont le doyen Sidiki N’fa Konaté, ont souligné l’urgence d’une stratégie nationale de communication claire, capable d’orienter l’action publique et médiatique. Les journalistes présents ont, pour leur part, réaffirmé leur engagement à accompagner l’État dans cette bataille de l’information.
Clôturant la rencontre, le directeur du CIGMA a rappelé que la lutte contre le terrorisme s’étend désormais au champ médiatique. Il a appelé les professionnels de la presse à une prise de conscience accrue des conséquences liées à la diffusion d’informations erronées, tout en plaidant pour un soutien responsable aux institutions et aux forces de défense.
À l’issue de ce panel, un constat s’impose : au Mali, la guerre informationnelle est devenue un enjeu central de souveraineté, appelant une mobilisation durable des médias, de l’État et des citoyens.
Oura KANTE
Malikunafoni




































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