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Du Québec au Maghreb : les routes secrètes d’un trafic mondial de voitures volées

  • 18 déc. 2025
  • 3 min de lecture

 

« Depuis l’arrestation du principal suspect, les vols de véhicules ont chuté de près de 66 % ». Ce chiffre, avancé par les autorités québécoises, résume à lui seul l’impact d’une opération policière majeure menée au Canada contre un réseau international de vols de voitures aux ramifications africaines.

 

Au Québec, une enquête baptisée Projet Damier a permis de lever le voile sur une organisation criminelle structurée, soupçonnée d’avoir orchestré pendant plusieurs années le vol et l’exportation de centaines de véhicules vers l’étranger, notamment en Afrique du Nord. Derrière des disparitions de voitures en apparence isolées se cachait en réalité un système bien rodé, capable de faire sortir rapidement des véhicules du territoire canadien.

 

Un cerveau arrêté, une criminalité en chute libre

 

L’enquête a connu un tournant décisif avec l’arrestation, à Longueuil, d’un homme de 25 ans présenté comme le chef de deux cellules criminelles actives sur la Rive-Sud de Montréal. Depuis son interpellation, les statistiques sont éloquentes : après plus de 1 100 vols recensés en 2024, les autorités n’en dénombrent qu’un peu plus de 380 l’année suivante.

 

Selon les enquêteurs, le suspect faisait face à une multitude d’accusations liées au vol, au recel et à l’exportation illégale de véhicules. Il aurait coordonné les opérations, depuis le repérage des modèles ciblés jusqu’à leur acheminement hors du pays.

 

Des voitures canadiennes retrouvées jusqu’au Maroc

 

L’affaire a débuté par un simple signalement citoyen, en octobre 2024. Un résident observe des mouvements inhabituels impliquant un Toyota RAV4 — l’un des modèles les plus convoités par les voleurs — et un véhicule de luxe. Ce détail va permettre aux policiers de remonter progressivement toute la chaîne logistique du trafic.

 

Les investigations révèlent que les voitures volées étaient d’abord dissimulées temporairement afin de s’assurer qu’aucun dispositif de géolocalisation n’était actif. Elles étaient ensuite chargées dans des conteneurs maritimes à destination de l’étranger. Les autorités canadiennes confirment qu’au moins quatre véhicules volés au Canada ont été retrouvés dans un conteneur intercepté au Maroc, confirmant le rôle central de ce pays dans les circuits de revente illégale.

 

Des mineurs en première ligne du risque

 

L’un des aspects les plus inquiétants de ce dossier concerne l’utilisation de mineurs par les réseaux criminels. Des adolescents, parfois âgés de moins de 18 ans, étaient chargés de déplacer les véhicules volés, souvent sans permis de conduire. Dans le jargon du milieu, ils sont appelés les « dirts ».

 

Pour quelques centaines de dollars par voiture, ces jeunes prenaient des risques considérables, tandis que les organisateurs réalisaient des profits bien plus importants à la revente. En 2025, dix-huit mineurs ont déjà été interpellés dans le cadre de cette affaire, selon les autorités.

 

Un phénomène déjà signalé en Europe

 

Ce trafic ne se limite pas à l’Amérique du Nord. En Europe, les forces de l’ordre alertent depuis plusieurs années sur l’exportation illégale de véhicules vers l’Afrique du Nord. En mai 2024, la police espagnole a intercepté au port d’Algésiras des voitures de luxe volées en France, en Italie et en Belgique, destinées au Maroc, pour une valeur estimée à plus de 150 000 euros.

 

Des précédents existent également : en décembre 2021, onze voitures de collection volées en France avaient été retrouvées dans un garage d’Algésiras, grâce à une coopération policière européenne. Ces affaires confirment le rôle stratégique des ports du sud de l’Espagne comme plaques tournantes du trafic.

 

Un marché noir difficile à démanteler

 

Une fois arrivés en Afrique du Nord, les véhicules volés sont souvent modifiés, notamment par l’altération des numéros de châssis, rendant leur traçabilité extrêmement complexe. Cette pratique alimente un marché noir florissant et complique considérablement les procédures de récupération.

 

Face à l’ampleur du phénomène, les autorités misent désormais sur une coopération internationale renforcée. Le démantèlement du réseau québécois marque une avancée majeure, mais les enquêteurs le reconnaissent : tant que la demande restera forte, les routes clandestines du trafic automobile continueront d’évoluer.

 

Oura KANTE

Malikunafoni

 

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