Afrique 2025 : entre secousses sécuritaires et réveil d’une jeunesse contestataire
- 31 déc. 2025
- 3 min de lecture

En 2025, l’Afrique a vécu au rythme des tensions. Conflits armés persistants, coopérations sécuritaires inédites, colère sociale et montée en puissance de la jeunesse ont redessiné l’agenda politique du continent. De Lagos à Antananarivo, en passant par Khartoum et Rabat, l’année aura été marquée par une même ligne de fracture : la confrontation entre États fragilisés et sociétés en quête de réponses.
Sécurité régionale : Abuja et Luanda face aux réseaux criminels
Dans un contexte de criminalité transnationale en expansion, le Nigeria et l’Angola ont renforcé en 2025 leur coopération contre le trafic de drogues. Les deux pays ont acté des accords portant sur le partage de renseignements, la formation spécialisée et la coordination judiciaire. Cette dynamique traduit une volonté croissante des États africains de répondre collectivement à des réseaux criminels qui exploitent les frontières poreuses et les faiblesses institutionnelles. Reste désormais à mesurer l’impact concret de cette diplomatie sécuritaire sud-sud sur le terrain.
Nigeria : la lutte antiterroriste change d’échelle
Toujours au Nigeria, la pression militaire contre les groupes armés s’est accentuée. L’armée nigériane, appuyée par des partenaires étrangers, a multiplié les opérations conjointes dans les zones les plus instables du pays.
Un tournant majeur est survenu le 25 décembre 2025, lorsque des frappes américaines ont visé pour la première fois le sol nigérian, ciblant le groupe Lakurawa. Peu connu jusqu’alors, ce mouvement, dont les racines remontent à une milice communautaire née au Niger en 1997, est désormais affilié à l’État islamique. Cette évolution illustre la transformation rapide de certaines menaces locales en enjeux sécuritaires internationaux.
Soudan : une guerre sans issue et une urgence humanitaire
Au Soudan, l’année a été dominée par un conflit armé qui s’enlise. Les combats ont provoqué l’effondrement de services essentiels, entraînant des déplacements massifs de populations. L’accès à la nourriture, aux soins et à l’eau est devenu critique pour des millions de civils. Malgré les efforts diplomatiques, aucun cessez-le-feu durable n’a pu être imposé, laissant planer le spectre d’une crise prolongée.
Est de la RDC : le retour du M23 et l’impasse sécuritaire
Dans l’est de la République démocratique du Congo, la résurgence du M23 a ravivé une instabilité chronique. Les affrontements ont entraîné l’exode de milliers de familles, aggravant une crise humanitaire déjà profonde. Camps surpeuplés, villages abandonnés et tensions communautaires témoignent d’un conflit où s’entremêlent enjeux sécuritaires, économiques et géopolitiques, malgré la présence de forces régionales et internationales.
Angola et Cameroun : la rue comme exutoire
En Angola, la hausse des prix des carburants a déclenché des manifestations d’ampleur. La contestation, parfois violemment réprimée, a mis en lumière un profond malaise social, nourri par le contraste entre richesse pétrolière et précarité du quotidien.
Au Cameroun, les protestations contre le pouvoir de Paul Biya et des résultats électoraux jugés contestés ont révélé une lassitude croissante, notamment chez les jeunes, autour de questions de gouvernance, d’emploi et de transparence politique.
Maroc : la Gen Z interpelle le pouvoir
Au Maroc, la Génération Z s’est affirmée comme un acteur central de la contestation sociale. Mobilisée contre les inégalités, le chômage et le coût de la vie, cette jeunesse connectée investit la rue autant que les réseaux sociaux. Face à ces revendications, le pouvoir tente de conjuguer stabilité et réformes, dans un contexte où le dialogue social devient un enjeu stratégique.
Madagascar : quand la jeunesse fait basculer le pouvoir
C’est à Madagascar que la mobilisation de la jeunesse a eu les conséquences politiques les plus spectaculaires. À partir du 25 septembre 2025, le mouvement Gen Z Madagascar, initialement né de coupures d’eau et d’électricité, s’est transformé en une contestation globale contre la corruption et la gouvernance.
La répression a été sévère, faisant de nombreux blessés et plusieurs dizaines de morts, selon les Nations unies. Malgré des tentatives d’apaisement, le président Andry Rajoelina a été acculé, jusqu’à sa destitution après la défection d’une unité clé de l’armée. Un gouvernement de transition dirigé par le colonel Michael Randrianirina a alors pris les rênes du pays, illustrant le poids politique croissant d’une jeunesse organisée et déterminée.
Une Afrique sous tension, à l’aube de nouveaux équilibres
L’année 2025 aura ainsi confirmé une double réalité : la persistance des crises sécuritaires et l’émergence d’une jeunesse africaine de plus en plus exigeante et influente. À l’orée de 2026, la question reste ouverte : les États sauront-ils transformer ces secousses en opportunités de réforme, ou assistera-t-on à de nouvelles vagues de contestation et d’instabilité ?
Oura KANTE
Malikunafoni




































Commentaires