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1978 : la dernière lettre de Tiécoro Bagayoko, entre désespoir, solitude et lucidité politique

  • 25 août 2025
  • 2 min de lecture

 

« Dix mois d’isolement… Je ne tiens plus », écrivait, les larmes aux yeux, Tiécoro Bagayoko, ancien homme fort de la sécurité d’État, dans une lettre poignante datée du 31 décembre 1978. Ce document, publié bien plus tard dans l’ouvrage Transferts définitifs du Colonel Assimi S. Dembélé, témoigne de la détresse d’un militaire déchu, prisonnier de l’histoire qu’il avait contribué à écrire.

 

Une confession intime à la veille d’une nouvelle année

 

Dans ce courrier adressé à son ami et confident, le « capitaine Souley », Bagayoko livre une confession sans filtre. Alors que Bamako fêtait le passage à la nouvelle année, lui passait la nuit à pleurer dans sa cellule, se sachant oublié du monde extérieur. Son texte mélange appels à l’aide, réflexions philosophiques et pressentiment d’une fin tragique.

 

« Je suis un soldat perdu que personne ne veut connaître… Mon ultime victoire sera ma propre mort », écrit-il, résigné.

 

Trois requêtes, une seule obsession : survivre à l’isolement

 

L’ancien chef de la Sécurité d’État, figure centrale du régime Moussa Traoré avant sa disgrâce, supplie son ami d’agir. Il formule trois demandes : sortir de son isolement carcéral, laver son honneur face aux accusations de détournement de fonds, et empêcher son transfert vers la prison redoutée de Taoudénit, synonyme de mort lente dans le désert.

 

Mais au-delà des demandes, la lettre révèle un homme brisé : « Je suis au bord de la folie », avoue-t-il, conscient que ses chances de salut sont minces.

 

Entre désillusion politique et méditation sur la mort

 

L’ancien maître des services secrets reconnaît les contradictions de son parcours. Il admet avoir cru au pouvoir comme instrument de grandeur, mais constate qu’il l’a conduit à sa perte : « J’ai fait un coup d’État pour venir au pouvoir et voilà que ce pouvoir me commande la mort. »

 

Son texte devient alors une méditation sur la vie et la mort, qu’il décrit comme la seule délivrance : « La liberté pour un homme, c’est la mort… seule la mort libère. »

 

Un témoignage historique d’une époque brutale

 

La lettre de Tiécoro Bagayoko est plus qu’un cri de détresse : elle illustre la brutalité des règlements de comptes politiques dans le Mali des années 1970. Derrière les murs des prisons, nombre de figures militaires et politiques ont connu le même sort, victimes de la « raison d’État » qu’il évoque lui-même avec une lucidité froide.

 

Près d’un demi-siècle plus tard, ces lignes résonnent comme un avertissement sur les dérives du pouvoir et la fragilité des alliances politiques. Elles rappellent surtout qu’au cœur des stratégies et des luttes d’influence, il y a des hommes — avec leurs espoirs, leurs erreurs et, parfois, leurs confessions de fin de vie.

 

Oura KANTÉ

Malikunafoni

 

 

 

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