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Bamako : quand les premiers lotissements ont redessiné la ville

  • 16 mars
  • 3 min de lecture

 

Avant de devenir la capitale tentaculaire que l’on connaît aujourd’hui, Bamako s’est d’abord construite par touches successives, à partir de quelques quartiers fondateurs. Entre 1922 et 1923, les premiers lotissements viennent transformer le visage de la ville et fixer des espaces qui marqueront durablement son histoire urbaine.

 

Parmi les zones concernées à cette époque, Touréla prend le nom de Bagadadji, tandis que Sofabougou devient Médina-Coura. Ce dernier quartier doit son appellation à la présence d’anciens sofas, ces soldats déserteurs de l’armée de Samory Touré, installés sur place. Ces deux secteurs figurent ainsi parmi les premiers espaces de Bamako à avoir bénéficié d’un découpage urbain organisé.

 

Quelques années plus tard, en 1933, Bamako compte déjà huit quartiers : Darsalam, Ouolofobougou, Bozola, Niaréla, Dravéla, Bagadadji, Médina-Coura et Bamako-Coura. Ce tableau montre à quel point la ville, encore modeste à l’époque, reposait sur un noyau historique bien identifié.

 

Bagadadji, aujourd’hui rattaché à la Commune II avec Quinzambougou, occupe une place particulière dans cette mémoire urbaine. Le quartier est présenté comme l’un des plus anciens de Bamako, après Bamako-Coura et Ouolofobougou. Fondé par les Touré, originaires de Touat, dans le Sahara algérien, il remonte à 1920, à la suite du déplacement du village indigène de Bamako. Son nom serait inspiré de Bagdad, la capitale irakienne.

 

L’histoire du quartier est aussi liée à celle du clan Touré. Selon le récit transmis, Tali Mahamane Touré aurait introduit l’islam à Bamako au XVIIIe siècle en y faisant construire la première mosquée. La chefferie de Bagadadji reste d’ailleurs associée à cette lignée. En octobre 1996, une rue a été baptisée en son nom ; elle longe la Place de la République jusqu’au collecteur de Quinzambougou.

 

L’autre quartier au cœur de cette histoire est Quinzambougou, créé en 1960, dans le contexte de l’indépendance. Sa naissance répond à une logique bien précise : accueillir d’anciens combattants ayant servi pendant quinze ans dans l’armée française. C’est de cette durée de service que viendrait son nom. Koké Traoré dit Baké, président des anciens combattants, en fut le premier chef.

 

À l’origine, Quinzambougou faisait partie de Bagadadji. Le quartier a ensuite pris forme dans le cadre du lotissement mené sous Jean Edmond Louveau, gouverneur français du Soudan entre 1946 et 1952. Il a également accueilli plusieurs figures politiques de premier plan, parmi lesquelles Yacouba Maïga, ancien vice-président de l’Assemblée nationale, Attaher Maïga, ancien ministre, Tidiani Fagada Traoré, Fily Dabo Sissoko, fondateur du PSP, ou encore le sénateur Mamadou M’Bodj. Leur influence aurait contribué à l’extension administrative du quartier, avec l’ajout des deux dernières rues de Bagadadji.

 

Du côté de Médina-Coura, l’histoire locale met en avant une succession de chefs de quartier marquée par plusieurs changements. Après le lotissement de 1922, le gouverneur Louveau aurait demandé à son cuisinier, Djeli Yôrô Kouyaté, de lui proposer une personne de confiance pour diriger le village. Celui-ci choisit alors son ami Namissa Camara. Écarté plus tard à la suite de controverses, ce dernier est remplacé par El Hadj Sekou Bathily, imam du quartier, que le gouverneur jugeait digne de confiance. Après sa disparition, Kissima Touré, conseiller du défunt, prend la relève, avant d’être lui-même remplacé plus tard par son fils Moussa Touré, connu sous le nom de Bamoussa. À la suite du décès de ce dernier, survenu il y a moins de deux ans selon le récit rapporté, c’est aujourd’hui Bouba Touré qui dirige le quartier.

 

Au-delà des dates et des noms, cette plongée dans les premiers lotissements de Bamako rappelle une réalité simple : l’histoire de la capitale malienne s’est construite quartier par quartier, au croisement des décisions administratives, des héritages familiaux et des trajectoires politiques. Derrière les rues d’aujourd’hui, il reste ainsi la mémoire d’une ville qui s’est d’abord inventée à partir de ses premiers noyaux de peuplement.

 

La Rédaction

Malikunafoni

Afrique Documentaire

 

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