google.com, pub-1938003301785998, DIRECT, f08c47fec0942fa0
top of page

Sénégal : la rupture entre Faye et Sonko ravive le souvenir du duel Senghor-Dia

  • il y a 16 minutes
  • 3 min de lecture

 

« Les crises politiques naissent rarement en un jour. Elles s’installent lentement, derrière les sourires officiels et les déclarations d’unité. » Au Sénégal, la rupture entre Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko rappelle aujourd’hui à plusieurs observateurs une autre fracture majeure de l’histoire du pays : celle qui avait opposé Léopold Sédar Senghor à Mamadou Dia au début des années 1960.

 

L’annonce du renvoi du Premier ministre Ousmane Sonko et de son gouvernement, le 22 mai 2026, marque un tournant dans les relations entre les deux figures qui avaient porté ensemble l’alternance politique de 2024. Derrière cette décision présidentielle, beaucoup voient l’aboutissement d’une rivalité devenue impossible à masquer au sommet de l’État.

 

Depuis leur arrivée au pouvoir, les rôles semblaient pourtant clairement répartis. Diomaye Faye incarnait la fonction présidentielle et la stabilité institutionnelle, tandis que Sonko demeurait la figure militante la plus populaire du pouvoir en place. Cette configuration rappelle, pour plusieurs analystes, le tandem Senghor-Dia des premières années de l’indépendance sénégalaise.

 

Dans les deux cas, un parti dominant servait de colonne vertébrale au régime : l’Union progressiste sénégalaise à l’époque de Senghor et Dia, puis le PASTEF dans le Sénégal contemporain. Les deux duos partageaient également une ambition commune : transformer profondément l’État et rompre avec certaines pratiques héritées du passé.

 

Mais avec le temps, les divergences se sont accumulées. Au début des années 1960, Senghor et Dia s’opposaient sur l’orientation économique, la gestion du pouvoir et les relations avec la France. Plus de soixante ans plus tard, les tensions entre Faye et Sonko ont pris forme autour de la gouvernance, de la direction du parti, de la stratégie politique et de la préparation de l’élection présidentielle de 2029.

 

La situation est devenue plus délicate encore lorsque Sonko, empêché de se présenter à la présidentielle de 2024 à cause de ses condamnations judiciaires, a dû soutenir la candidature de Bassirou Diomaye Faye sous le slogan « Diomaye moye Sonko ». Une victoire remportée dès le premier tour qui a renforcé l’idée, chez une partie de ses militants, que l’actuel président devait son accession au pouvoir à la popularité de son mentor politique.

 

Au fil des mois, cette ambiguïté autour du leadership a nourri les tensions internes. D’un côté, le président Faye cherchait progressivement à consolider sa propre autorité politique, notamment à travers la restructuration de sa coalition et la promotion de nouvelles figures autour du palais présidentiel. De l’autre, Sonko continuait de s’appuyer sur sa forte influence populaire et sur son contrôle politique au sein du parti.

 

La rupture est devenue publique lorsque le Premier ministre a annoncé sa volonté de briguer la présidentielle de 2029, alors même qu’il dirigeait encore le gouvernement nommé par le chef de l’État. Pour de nombreux observateurs, cette déclaration a profondément modifié l’équilibre de l’exécutif sénégalais.

 

Le point de non-retour semble avoir été atteint le 22 mai 2026 à l’Assemblée nationale. Quelques heures avant son limogeage, Sonko avait exprimé publiquement ses désaccords avec le président Faye, affirmant son indépendance politique et critiquant certaines décisions du chef de l’État. Trois heures plus tard, un décret présidentiel mettait officiellement fin à ses fonctions ainsi qu’à celles de son gouvernement.

 

Cette rupture ouvre désormais une période d’incertitude politique au Sénégal. Avec une Assemblée nationale largement dominée par le PASTEF, la question de la gouvernance des prochaines années se pose avec acuité. Contrairement à la crise Senghor-Dia de 1962, qui avait débouché sur un renforcement du pouvoir présidentiel et l’instauration d’un régime plus centralisé, le contexte politique actuel paraît beaucoup plus complexe.

 

Le Sénégal reste en effet marqué par un multipartisme actif, une société civile influente et une opinion publique particulièrement mobilisée. Reste à savoir si cette nouvelle fracture au sommet de l’État conduira à une recomposition politique durable ou à une simple redistribution des équilibres au sein du pouvoir.

 

La Rédaction

Malikunafoni

 

Commentaires

Noté 0 étoile sur 5.
Pas encore de note

Ajouter une note*
bottom of page