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Soumaïla Cissé : une «mort politique» précipitée par des héritiers égoïstes


Le 12 avril 2023, la Cour suprême a confirmé Gouagnon Coulibaly à la tête de l’Union pour la République et la démocratie (URD) scellant du coup la rupture entre les deux camps qui revendiquent l’héritage politique du père fondateur, le regretté Soumaïla Cissé dit «Soumy Champion». C’est ainsi la fin d’un feuilleton judiciaire qui aura duré plus d’une année entre les héritiers de l’ex-chef de file de l’opposition disparu le 25 décembre 2020. Les responsables des deux camps vont-ils laisser leur ego prendre définitivement le dessus pour ne pas tenter de recoller les morceaux afin de préserver ce fabuleux héritage ? Ce n’est jamais trop tard quand on est animé de la bonne volonté de mieux faire.

À l’annonce (aux premières heures de ce triste 25 décembre 2020) du décès à Paris (France) de Soumaïla Cissé, l’une des préoccupations majeures des observateurs avertis était : l’Union pour la République et la démocratie (URD) va-t-elle survivre à ce leader politique de conviction ? La réponse est aujourd’hui non car peu de temps après les murs se sont lézardés, laissant entrer des aventuriers, et les héritiers se sont retrouvés devant la justice.

Et dans le feuilleton judiciaire opposant les deux camps, la justice a rendu l'ultime verdict favorable à un groupe. En effet, le 12 avril dernier, la Cour suprême a tranché en faveur de Gouagnon Coulibaly dans l’affaire qui l’oppose à Salikou Sanogo pour la présidence du parti. Les soutiens du professeur menacent de quitter la formation. Cet arrêt a donc confirmé le jugement N°130 du 4 avril 2022 du Tribunal de grande instance de la Commune V du District de Bamako qui avait validé le congrès extraordinaire du 16 janvier 2022 ayant porté Gouagnon Coulibaly à la tête de l’URD.

Mais qui est franchement le vrai vainqueur de ce bras de fer fratricide ? Personne ! Il ne saurait y avoir de vainqueur suite à une décision qui porte atteinte à un idéal et menace un héritage méthodiquement et patiemment constitué pour faire triompher une vision politique, un projet de société dans un court ou moyen terme.

«Des juges ont décidé d’enlever la fragrance de Soumaïla Cissé à l’URD. Aucune décision ne peut me parquer en dehors de mes valeurs…», a déploré un élu de la formation politique. «Il nous faudra rester sur la scène politique et disposer d’un nouvel appareil politique à travers lequel nous allons continuer à partager avec les Maliennes et les Maliens nos aspirations pour mieux protéger notre République et bien sauvegarder notre démocratie afin qu’il y ait plus de développement au Mali. Il nous faut impérativement recréer l’espoir chez les Maliens», a annoncé Pr. Salikou Sanogo au lendemain du verdict de la Cour suprême.

Mais, il est sans doute conscient qu’aucune autre chapelle ne peut aujourd’hui se substituer à l’URD dans l’arène politique. Et il n’y a eu et il n’y aura qu’une seule URD au Mali. Elle n’est ni celle de Gouagnon ni le parti que le Professeur Salikou et ses partisans se préparent sans doute à lancer. Elle est celle fondée et positionnée par le regretté Soumaïla Cissé comme une force politique incontournable.

La meilleure attitude aurait été de se dire (dans les deux camps) maintenant que la justice a tranché, qu’est-ce que nos militants et la démocratie malienne attendent de nous pour pérenniser l’héritage politique de notre mentor et compagnon ? Qu’est-ce qu’on peut concéder pour y parvenir ?

À notre avis, il est inutile de s’en prendre à la justice parce que c’est quand le mur est troué que les lézards y pénètrent. Il est vrai que chacun des camps dira avoir tout fait pour qu’on n’en arrive pas à la justice. Mais, ont-ils tout tenté jusqu’à faire profil bas pour sauvegarder l’essentiel ?

Divisés par un apprenti politicien ayant embarqué incognito à Djenné

Nous sommes de ceux qui ont pensé que l'intrusion de Dr. Boubou Cissé dans cette chapelle allait scier l'entente et dynamiter l'unité que feu Soumaïla Cissé avait réussies à forger autour de lui au point d’en faire un atout essentiel pour rapidement conquérir le pouvoir. Plus qu'un cheval de Troie, il est venu avec la ferme intention de bouleverser la nomenclature d'une formation bien ancrée dans l'arène politique et s’offrir un rôle et une mission avec sans aucun autre mérite que de tenir les cordons de la bourse.

Sinon, en termes de pratique et d'expérience politique, que représente un boubou Cissé si ce n'est un techno-oligarque ? Et comment des héritiers qui ont forgé leur armure à l'ombre d'un géant comme Soumy se sont-ils laissés diviser par un apprenti politicien et un aventurier comme ce passager qui a embarqué incognito à Djenné ?

Ceux qui se battent et qui sont prêts à détruire ce qui lui était cher (l’unité et la cohésion de son parti) suivaient-ils réellement Soumaïla Cissé par conviction ou juste parce qu’ils étaient convaincus que le leader visionnaire pouvait leur offrir l'opportunité de nourrir une ambition personnelle ?

Si pour une poignée de cadres nous n’avons aucun doute par rapport à la réponse à cette question, celle-ci (réponse) est très improbable dans un milieu où les intérêts personnels sont généralement privilégiés au mépris de la conviction qui doit pourtant être l'âme de l'engagement militant. Maintenant que le vin est tiré, que faut-il faire ?

Faut-il continuer à se réclamer de cet héritage et assister à sa destruction en feignant l’impuissance ou en se résignant comme un mouton de sacrifice ? Faut-il persévérer dans l'orgueil d'une victoire sur son propre idéal et laisser les vaincus prendre la porte au point de compromettre la conquête du pouvoir dans un court temps ? Faut-il vaincre les egos pour s'asseoir en adultes responsables, en vrais leaders pour crever l'abcès et répartir les cartes en fonction de la seule ambition collective ? Comment réconcilier cette famille si chacun ne pense qu'à sa petite personne ?

Autant de questions qui doivent interpeller les deux camps. En tout cas, à notre humble avis, ceux qui disent que les protagonistes sont allés trop loin pour espérer une réconciliation, sont ceux qui ont sans doute toujours souhaité la dislocation de l'URD. Sinon quand on a réellement partagé la vision d'un grand leader politique comme feu Soumaïla Cissé, se faire violence pour l'unité du parti, pour préserver son héritage ne doit pas être au-dessus des forces. Cette volonté doit l’emporter sur toutes les autres considérations.

Et comme l’a dit Abdrahamane Diarra (président de la Jeunesse du parti et proche de Gouagnon Coulibaly), après le verdict, si «un parti politique est et demeure l’association d’hommes et de femmes ayant une convergence de vue», la réconciliation des clans de l’Union pour la République et la démocratie (URD) ne doit pas être de la mer à boire. Et les vrais militants y ont un rôle essentiel à jouer. Ils doivent aujourd’hui se battre pour ne laisser aucun autre choix aux responsables des deux camps que s’asseoir à table comme de vrais leaders.

Un idéal et une vision politiques qui dépassent les clivages au sein de l’URD

Comme l’a récemment défendu un militant, l’idéologie du feu Soumaïla Cissé ne saurait appartenir à un clan ou à une tendance. C’est aujourd’hui un patrimoine politique national voire panafricaniste. Personne ne doit se l’arroger pour assouvir des ambitions personnelles aux dépens de la vision du regretté père fondateur. Au-delà de la chapelle, tous les démocrates maliens ont aujourd’hui intérêt à ce que l’Urd n’explose pas parce que c’est un fleuron de notre démocratie.

Chacun doit un moment oublier la conquête du pouvoir pour contribuer à la réconciliation de cette grande famille. Ne serait-ce que pour honorer la mémoire de Soumaïla Cissé qui, durant tout son combat politique, fut un rassembleur au-delà de son cercle de soutien, un homme avec un sens d'écoute élevé. Et comme le dit si bien Mme Magassouba Awa Sylla, communicatrice et proche de Soumaïla Cissé, «une famille ne se sépare pas. Elle se cherche et se retrouve autour de l’essentiel avec la ferme conviction que ce qui lie les membres est plus fort que tout le reste» !

Nous sommes ainsi convaincus qu’il est encore possible de revenir en arrière pour le bien du parti, donc de tous les héritiers de Soumaïla Cissé !

Source : Le Reporter par Moussa BOLLY

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