Somalie : à Mogadiscio, le retour aux urnes après six décennies d’attente
- 27 déc. 2025
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« C’est la première fois que je glisse un bulletin dans une urne. » À 51 ans, Ali Salad fait partie des milliers d’habitants de Mogadiscio qui ont voté jeudi lors d’élections locales au suffrage universel direct, une première dans la capitale somalienne depuis près de soixante ans. Un moment chargé d’émotion, dans un pays où la pratique démocratique a longtemps été reléguée au second plan par la guerre, les divisions claniques et l’instabilité politique.
Organisé sous haute surveillance, ce scrutin marque une étape symbolique dans le lent processus de reconstruction institutionnelle de la Somalie. Depuis l’instauration du régime militaire de Siad Barre en 1969, les élections au suffrage direct avaient disparu au profit d’un système indirect fondé sur des quotas claniques. Le retour au principe « un citoyen, une voix » constitue donc une rupture majeure, même si elle reste partielle et contestée.
Une capitale placée sous cloche
Pour sécuriser ce rendez-vous électoral inédit, les autorités ont déployé un dispositif exceptionnel. Plus de 10 000 agents des forces de sécurité ont été mobilisés à travers Mogadiscio afin de prévenir toute attaque du groupe islamiste Al-Shabab, qui mène depuis 2006 une insurrection armée contre l’État fédéral. L’aéroport international a été temporairement fermé et les déplacements strictement encadrés.
Selon la Commission électorale, l’ensemble des bureaux de vote ont fermé à 18 heures sans incident majeur, un fait suffisamment rare pour être souligné dans une ville régulièrement frappée par des attentats.
Le poids symbolique du bulletin
Dès les premières heures de la matinée, de longues files se sont formées devant les centres de vote. Pour beaucoup d’électeurs, l’acte de voter relevait presque de l’inédit historique. Les auriculaires marqués d’encre indélébile, preuve de participation, étaient exhibés avec fierté, comme un signe d’appropriation d’un droit longtemps confisqué.
Près de 400 000 électeurs étaient inscrits pour départager environ 1 600 candidats. Un chiffre significatif, mais encore modeste au regard des quelque deux millions d’habitants que compte la région de Mogadiscio, illustrant les limites actuelles de l’inclusivité du processus.
Un test politique avant 2026
Le président Hassan Sheikh Mohamud, qui a voté au Théâtre national, a salué un scrutin allant dans la « bonne direction ». Pour le pouvoir, ces élections locales servent de banc d’essai avant la présidentielle prévue en 2026, que les autorités souhaitent également organiser au suffrage universel direct.
Mais l’initiative divise la classe politique. Plusieurs partis d’opposition ont boycotté le vote, dénonçant un processus qu’ils jugent biaisé et insuffisamment consensuel. L’ancien Premier ministre Hassan Ali Kheire a notamment accusé le gouvernement de vouloir utiliser ce scrutin pour légitimer une éventuelle prolongation du mandat présidentiel.
Une avancée fragile
Si le gouvernement somalien célèbre une victoire démocratique, les critiques rappellent que le chemin vers une gouvernance pleinement inclusive reste semé d’obstacles. Entre défis sécuritaires persistants, méfiance politique et fractures sociales, le retour aux urnes à Mogadiscio apparaît davantage comme un point de départ que comme un aboutissement.
La prochaine étape, attendue en 2026, dira si cet élan électoral peut s’inscrire durablement dans la vie politique somalienne ou s’il restera un symbole isolé dans l’histoire tourmentée du pays.
Oura KANTE
Malikunafoni




































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