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Orpaillage illégal au Mali : des mesures fortes… mais sans effet ?

  • 3 juil. 2025
  • 2 min de lecture

Annoncées en grande pompe après les tragédies de Kokoyo et de Bilalikoto, les mesures gouvernementales contre l’orpaillage illégal semblent aujourd’hui s’être évaporées dans le silence. Sur le terrain, les pratiques continuent, les risques persistent et les attentes s’effondrent comme les galeries meurtrières.

 

« Les sanctions peuvent dissuader, mais ne pourront pas résoudre définitivement le problème. Il faut s’attaquer au problème à la racine. »

Cette mise en garde du géologue Djibril Diallo, président de l’Association pour la promotion et la valorisation des ressources minérales du Mali (APVRM), prononcée en mars 2025, résonne encore douloureusement aujourd’hui. Près de cinq mois après les annonces faites en Conseil des ministres sur instruction présidentielle, rien de concret n’indique la mise en œuvre effective des engagements pris contre l’orpaillage illégal.

 

Sur le terrain, dans les régions de Kayes, Koulikoro et Sikasso, le constat est implacable : les sites clandestins pullulent, les dragues continuent de gronder, et les populations, dont des femmes avec enfants sur le dos, s’entassent toujours dans des puits précaires.

 

Des promesses sans suite

 

Le 5 mars 2025, à la suite de l’ensevelissement de dizaines de personnes à Kokoyo (Kangaba) et à Bilalikoto (Kéniéba), le gouvernement annonçait une série de mesures qualifiées d’« énergiques » : renforcement de la surveillance, fermeture de sites illégaux, sanctions administratives, interdiction d'exploitation artisanale pour les étrangers, entre autres.

 

Mais depuis, aucune preuve tangible de mise en œuvre n’a été communiquée. Pas de rapport public, pas de point d’étape. Les autorités locales soupçonnées de complicité, les services de sécurité et de contrôle censés agir… sont restés muets. Même les ministres concernés brillent par leur silence, alors qu’un simple point mensuel suffirait à rétablir la confiance.

 

Une tragédie humaine et écologique

 

Selon nos constats, plus de 300 sites illégaux existeraient à travers le pays, dont plus de la moitié dans la seule région de Kayes. L’orpaillage artisanal, qui produit environ 30 tonnes d’or par an, fait vivre directement ou indirectement plus de deux millions de Maliens. Mais ce revenu précaire a un coût humain et écologique désastreux.

 

Entre janvier 2024 et février 2025, au moins 170 personnes ont péri dans des effondrements de mines illégales. Et chaque année, ce sous-secteur déverse des dizaines de tonnes de mercure et de cyanure dans les cours d’eau, en particulier la Falémé, principale source du fleuve Sénégal, désormais saturée à 214 % de cyanure par rapport aux normes tolérées.

 

Entre désespoir et résignation

 

Sur les sites que nous avons visités, les orpailleurs se disent eux-mêmes désabusés. « On nous a promis qu’ils allaient fermer les sites dangereux, qu’ils allaient arrêter les étrangers illégaux… Mais rien n’a changé, sauf le nombre de morts », nous a confié un habitant de la zone de Kalana.

 

L’annonce a certes produit un effet immédiat : l’espoir d’un changement, d’un sursaut d’État. Mais en l’absence d’actes concrets, cet espoir s’estompe peu à peu, laissant place à la désillusion. Le gouvernement peut-il encore convaincre qu’il ne s’agissait pas que d’un simple coup de pied dans la jungle aurifère ?

 

Oura KANTÉ

Malikunafoni

 

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