Nucléaire : « dernière étape technique» pour l'Iran, « sanctions maximales » demandées par Israël


Est-ce vraiment « la dernière étape technique » d'un processus déjà annoncé à l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA) ou le début de l'alimentation de « la cascade de centrifugeuses » avancées à l'usine de Fordo, récemment modifiée en vue d'une plus grande efficacité ?


Quoiqu'il en soit, l'Iran vient de faire état ce week-end de nouvelles avancées techniques concernant l'enrichissement d'uranium, poursuivant le développement de son programme nucléaire en plein blocage des pourparlers pour relancer l'accord de 2015. Et d'accuser « les médias » et d'instrumentaliser l'information.

Cette amélioration technique permet de « changer la configuration de la cascade plus facilement » et de passer rapidement d'un niveau d'enrichissement à l'autre, avait expliqué l'AIEA dans un précédent rapport en mai. L'Iran précise, de son côté, avoir produit la veille de l'uranium enrichi à 20% pour la première fois via ce dispositif, selon Behrouz Kamalvandi, porte-parole de l'Organisation iranienne de l'énergie atomique (OIEA).

Tel-Aviv demande « sanctions maximales » contre Téhéran

Une annonce qui n'a pas tardé à faire réagir ses voisins. Le Premier ministre israélien Yaïr Lapid appelle à une « réponse claire de la communauté internationale » et à des « sanctions maximales » contre Téhéran.

« Le terrorisme iranien nous met en danger ainsi que d'autres pays de la région (...) L'Etat d'Israël se prépare pour le jour d'après afin d'assurer la sécurité de ses citoyens par nos propres moyens », avait, déjà alerté, son prédécesseur, Naftali Bennett, en février dernier.

Cinq mois plus tard, ce dossier au cœur de la visite au Moyen-Orient de Joe Biden, attendu mercredi 13 juillet en Israël puis vendredi 15 à Jeddah en Arabie saoudite.

« Mon administration va continuer à accroître la pression diplomatique et économique jusqu'à ce que l'Iran soit prêt à revenir au respect de l'accord, tout comme je suis prêt à le faire », écrit le président américain dans une tribune publiée samedi par le Washington Post.

Des tractions bloquées par la Russie en mars

Cette escalade des tensions intervient alors que l'Agence internationale de l'énergie atomique, chargée de vérifier et de contrôler la mise en oeuvre des engagements pris par l'Iran en 2015 à Vienne avec les grandes puissances, navigue de plus en plus à l'aveugle.

Téhéran a effectivement retiré en juin 27 caméras de surveillance, en riposte à l'adoption d'une résolution critique par le Conseil des gouverneurs. Et à ce tel point que « dans trois ou quatre semaines », l'AIEA ne sera plus en mesure de fournir les informations nécessaires au suivi du programme iranien, avait alors averti son directeur général Rafael Grossi.

Déjà, en mars dernier, les tractations, sur le point d'aboutir, sur l'accord censé empêcher l'Iran de se doter de la bombe atomique en échange d'une levée des sanctions Vienne avaient finalement été suspendues, du fait de la Russie bloquant le processus. Car elle exige désormais une garantie très spéciale, loin des conditions premières : l'obtention de larges exemptions sur les représailles imposées par les Occidentaux à son égard, afin que ces mesures de rétorsion n'affectent pas sa coopération économique avec Téhéran

« Personne ne devrait chercher à exploiter les négociations. [...] Ceci risque de mener à l'effondrement de l'accord, privant le peuple iranien d'une levée de sanctions et la communauté internationale des assurances nécessaires concernant le programme nucléaire iranien », avaient alors déclaré, dans un communiqué commun, la France, l'Allemagne et le Royaume-Uni, dans la foulée de déclarations du secrétaire d'Etat américain jugeant ces revendications « hors sujet ».

L'Iran a franchi un seuil inédit

Depuis le retrait de l'OTAN en 2018 des Etats-Unis sous l'impulsion de Donald Trump et du rétablissement des sanctions, l'Iran s'est progressivement affranchie de ses obligations. Outre l'accumulation de stocks bien supérieurs aux limites imposées, elle a amorcé début 2021 le processus destiné à produire de l'uranium enrichi à 20%, au-delà des 3,67% fixés par l'accord connu sous son acronyme anglais JCPOA.

Quelques mois plus tard, il a franchi le seuil inédit de 60%, se rapprochant des 90% nécessaires à la confection d'une bombe - une intention niée par Téhéran. Et les discussions ouvertes au printemps 2020 à Vienne pour trouver une entente sont au point mort, après une récente tentative avortée à Doha.

Source : La Tribune