Nigeria 1976 : quand un coup d’État manqué bouleversa l’histoire
- malikunafoninet
- 27 août 2025
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« Nous avons perdu un dirigeant visionnaire, mais pas la direction qu’il a tracée », déclarait un officier nigérian après l’assassinat du général Murtala Ramat Muhammed, le 13 février 1976. Cette journée reste gravée dans la mémoire nationale comme l’une des plus sombres de l’histoire contemporaine du Nigeria.
Une embuscade meurtrière à Lagos
Peu après 8 heures du matin, le convoi du chef de l’État est pris pour cible dans les rues de Lagos. Son véhicule est criblé de balles par un commando mené par le lieutenant-colonel Buka Suka Dimka. Le général Muhammed est tué sur le coup, de même que son aide de camp, le lieutenant Akintunde Akinsehinwa. En quelques minutes, le Nigeria se retrouve brutalement privé de celui qui incarnait depuis juillet 1975 un souffle réformateur et une volonté farouche de lutte contre la corruption.
Le coup d’État qui s’effondra
Si l’attaque réussit à éliminer le président, le reste du plan s’écroule rapidement. Le putsch n’obtient ni l’adhésion des grandes garnisons militaires ni celle des populations urbaines. En moins de 24 heures, la tentative de renversement est maîtrisée. Le général Olusegun Obasanjo, alors numéro deux de l’armée, prend aussitôt les rênes du pays et promet de poursuivre la transition politique déjà amorcée.

La riposte judiciaire et les exécutions
Le régime militaire organise sans délai un tribunal spécial chargé de juger les officiers et civils impliqués. Les procès sont rapides, et les sentences exemplaires. Le 11 mars 1976, dix-neuf hommes, parmi lesquels le général Iliya Bisalla, commissaire à la Défense accusé de complicité, sont exécutés sur la plage de Bar Beach à Lagos. Deux mois plus tard, le 15 mai, Buka Suka Dimka, principal instigateur du putsch, subit le même sort, aux côtés de plusieurs co-conspirateurs, dont Joseph Gomwalk, gouverneur militaire de l’État de Benue-Plateau. D’autres accusés sont condamnés à de lourdes peines de prison.
Un héritage interrompu
La mort brutale de Murtala Muhammed met fin à un mandat de seulement 200 jours, mais son empreinte politique reste forte. Réputé intransigeant face aux détournements de fonds publics, il avait initié de vastes réformes administratives et donné un nouvel élan à la diplomatie nigériane, notamment en soutenant les mouvements de libération en Afrique australe. Beaucoup de Nigérians virent en lui le dirigeant capable de transformer en profondeur leur pays.

La continuité assurée par Obasanjo
Malgré le choc, le programme de transition civile voulu par Muhammed ne s’éteint pas. Son successeur, Olusegun Obasanjo, consolide l’appareil d’État et conduit finalement le Nigeria vers des élections générales. En 1979, le pouvoir est remis à un président civil, Shehu Shagari, marquant la première passation pacifique entre militaires et civils dans l’histoire du pays.
Une page douloureuse mais fondatrice
Près de cinquante ans plus tard, le coup d’État avorté de 1976 reste un tournant majeur. Il a révélé la fragilité des régimes militaires, mais aussi la volonté d’une partie de l’élite nigériane de rompre avec les pratiques autoritaires. Pour beaucoup, la mémoire de Murtala Muhammed symbolise un espoir interrompu, mais son influence continue de nourrir le récit national d’un Nigeria en quête de stabilité et de gouvernance intègre.
Oura KANTÉ
Malikunafoni










































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