Mali-UMOA : "...avec 60,46 milliards fCFA d'impayés l'Uemoa risque de perdre sa crédibilité.." M.M.M


Ex-Coordinateur de l' Unité de Partenariat Public-Privé du Gouvernement du Mali, expert économiste, Modibo Mao Makalou a, dans une interview qu’il a bien voulu nous accorder, posé un diagnostic sans complaisance de le situation politico-sécuritaire et économique du pays. Lisez plutôt!

Le Tjikan:Quelle lecture faites-vous de la situation politico-sécuritaire et économique du pays ?

Modibo Mao Makalou : Le Médiateur de la Cedeao, l’ancien Président nigérian Goodluck Jonathan, a quitté Bamako le vendredi 25 février 2022 après avoir discuté avec les autorités de la Transition. Il est ressorti que les discussions vont se poursuivre même si un calendrier électoral n’a pas été déterminé par les deux parties. Je pense surtout que le préalable serait de mettre beaucoup d’emphase sur la faisabilité technique d’un chronogramme afin de trouver un accord entre les deux parties. C’est en ce moment que l’on pourra ensuite déterminer les délais et les coûts de financement d’un chronogramme détaillé pouvant mener aux élections générales pour aboutir à la fin de la Transition politique au Mali dans les meilleures conditions.

Par ailleurs, l’opération militaire française Barkhane qui a pris le relais de Serval a amorcé son retrait du Mali le jeudi 17 février 2022 après neuf ans de présence au Mali. L’approche stratégique de Barkhane qui était fondée sur un partenariat régional avec les pays du G5 (Burkina Faso, Mali, Mauritanie, Niger et Tchad) n’a pas pu empêcher que l’insécurité s’étende sur 2/3 du territoire malien. Les militaires français prévoient un délai de quatre à six mois pour se redéployer au Niger et dans d’autres pays d’Afrique de l’Ouest. Même si le départ des militaires français semble être bien accueilli dans l’opinion au Mali, il va falloir redoubler d’efforts pour éviter une détérioration de la situation sécuritaire.

Le Tjikan:Quel regard portez vous sur les finances du pays après cet embargo imposé par la Cedeao?

Modibo Mao Makalou : Le montant des impayés du Gouvernement du Mali à la suite des sanctions de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao) et de l’Uemoa prises le 9 janvier 2022 s’élève à la fin du mois de février 2022 à 60,46 milliards de francs CFA, selon Umoa-Titres qui est l’agence de gestion et de promotion des titres publics de la zone Uemoa qui regroupe les 8 pays d’Afrique de l’Ouest utilisant le franc CFA comme monnaie unique (Côte d'Ivoire, Sénégal, Togo, Burkina, Mali, Guinée-Bissau, Niger et Bénin). Les 2 institutions sous-régionales (Cedeao et Uemoa) ont aussi gelé les avoirs du Mali dans les banques centrales de la Cedeao et dans les banques commerciales des États membres et suspendu toute aide et transaction financière en faveur du Mali de la part des institutions de financement des 2 organisations, la Banque d’investissement et de développement de la Cedeao (Bidc) et la Banque ouest-africaine de développement (Boad).

En réalité, les sanctions imposées par la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao) et l’Union économique et monétaire ouest-africaine (Uemoa) au Mali pourraient avoir à moyen et long terme de graves conséquences sur le bon fonctionnement du système financier et monétaire de la zone Uemoa. Un défaut de paiement de l’Etat du Mali risque de ternir la crédibilité du marché financier et monétaire de l’Uemoa à moyen et long terme.


Le Tjikan: Que faut-il faire pour atténuer les difficultés économiques et financières que connaît le pays et amorcer une sortie de crise ?

Modibo Mao MAKALOU: Selon le ministère de l’Economie et des Finances du Mali, les prévisions budgétaires de 2022 sont établies sur la base d’une prévision de croissance économique de 5,2%. L’inflation, mesurée par la moyenne annuelle de l’indice des prix à la consommation, est projetée à 2,0% en 2022, contre 1,5% en 2021.

Pour ce qui concerne les prévisions de recettes budgétaires pour l’exercice 2022, elles s’élèveront à 2 130,721 milliards de FCFA contre 2 188,653 milliards de FCFA dans la Loi de Finances rectifiée 2021, soit une diminution de 57,932 milliards de FCFA correspondant à une baisse de 2,65%. Quant aux prévisions de dépenses budgétaires au titre de l’exercice 2022, elles s’élèvent, en termes de crédits de paiement (CP), à 2 748,285 milliards de FCFA contre 2 841,580 milliards de FCFA dans la Loi de Finances rectifiée 2021, soit une baisse de 93,295 milliards de FCFA, correspondant à une diminution de 3,28%.

Ainsi, le déficit budgétaire pour 2022 s’établirait à 617,564 milliards de FCFA et (dons inclus) diminuerait de 0,9 point de pourcentage pour s’établir à 4,7% en 2022 contre 5,6% en 2021. Ceci implique que les prévisions de dépenses budgétaires sont supérieures aux prévisions de recettes budgétaires pour un montant de 617,564 milliards de FCFA.

Le Gouvernement du Mali généralement finance en grande partie ce déficit budgétaire par des emprunts sur le marché financier de l’Uemoa ainsi qu’avec l’assistance des partenaires techniques et financiers. Il va donc falloir continuer à négocier avec la Cedeao pour que les sanctions prises à l’encontre de notre pays puissent être levées dans les plus brefs délais. Les autorités de la Transition doivent adopter une stratégie de sortie de crise avec des scenarii et surtout éviter que les sanctions ne soient prolongées. Il s’agira essentiellement pour les autorités de la Transition d’élaborer un chronogramme réalisable qui sera jugé acceptable par la Cedeao. Le nouveau chronogramme proposé par la transition pourrait mettre l’accent sur les activités réalisables visant à assurer un retour à l’ordre constitutionnel dans un délai jugé raisonnable pour les deux parties.

La rédaction