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Mali : des coups d’État au service d’un système, pas d’un changement

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Du régime de l’UDPM à la transition militaire actuelle, le Mali semble piégé dans une boucle politique où les visages changent, mais les pratiques persistent. Derrière chaque coup d’État, c’est un même clan qui se maintient, nourri par l’impunité et la mauvaise gestion.

 

« Il n’y a pas deux façons de diriger un pays : il faut la vérité et la justice », lance un ancien fonctionnaire rencontré à Bamako, amer face à ce qu’il qualifie de continuité dans la dérive du pouvoir. Depuis 1991, la promesse de rupture semble se dissoudre dans une succession de régimes, marqués par des transferts de pouvoir déguisés et une gouvernance entachée de scandales.

 

Après la chute de Moussa Traoré, les anciens cadres de l’UDPM se sont reconvertis sous la bannière de l’ADEMA. La première législature démocratique (1992-1997) comptait déjà une majorité d’élus issus de l’ancien appareil. Même architecture territoriale, mêmes réseaux politiques, même contrôle local : le changement annoncé ressemblait davantage à un recyclage.

 

La libéralisation a suivi, précipitée et brutale : privatisations, nominations politiques déconnectées des compétences, favoritisme. La Cellule d’appui aux structures de contrôle de l’administration (CASCA) tirait la sonnette d’alarme dès 2006. Sur 176 dossiers analysés, 48 méritaient d’être transmis à la justice pour détournement, fractionnement illégal de marchés publics, surfacturations ou disparition pure et simple de fonds publics.

 

Les coups d’État se sont alors enchaînés, sans assainissement réel. Celui du 22 mars 2012 a révélé l’épuisement du système ATT. Celui du 18 août 2020, présenté comme « celui de la rue », n’a pas non plus enclenché une réforme profonde. Au contraire : selon plusieurs sources proches des institutions financières, 80 milliards de francs CFA auraient été détournés entre 2021 et 2023.

 

Aujourd’hui, à Bamako comme à l’intérieur du pays, les interrogations demeurent : à quoi ont servi ces ruptures violentes si les pratiques restent les mêmes ? Pour de nombreux citoyens, la solution n’est plus dans la succession des régimes, mais dans l’application rigoureuse des principes de redevabilité. Sans vérité ni justice, préviennent-ils, le Mali restera prisonnier de ses propres élites.

 

Oura KANTÉ

Malikunafoni

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