Les militaires français ne seront plus que 3.000 au Sahel mi-2022


La France aura réduit d’ici six mois son contingent au Sahel à 3.000 hommes, contre plus de 5.000 il y a quelques semaines, dans le cadre d’une vaste réorganisation de son dispositif militaire, dévoile dans un entretien à l’AFP le commandant de l’opération antijiahdiste Barkhane, le général Laurent Michon.

Q: Quel bilan dressez-vous de la réarticulation de l’intervention militaire française entamée il y a quelques mois? Quelles nouvelles mutations s’opéreront en 2022?

R: Nous sommes en train de terminer la première phase, à savoir le désengagement de l’extrême nord malien (Tombouctou, Kidal, Tessalit), en coopération à la fois avec les autorités maliennes, la Minusma (mission de l’Onu au Mali) et nos amis européens associés au sein de la force Takuba.


© Thomas COEX Une patrouille de soldats français dans les rues de Gao, le 4 décembre 2021

Ce désengagement successif s’est passé aussi bien que possible. Sur ces sites, partagés avec la Minusma, le rapport de force militaire reste inchangé car nous avons été relevés par les forces maliennes (FAMa).

La deuxième phase va débuter au prochain semestre: il s’agira de réarticuler à la fois le commandement et les forces, essentiellement au Mali. Et la transformation ne s’arrêtera pas là.

Nous étions environ 5.000 militaires français au Sahel à l’été 2021, nous serons environ 3.000 à l’été 2022. Il y aura beaucoup moins de forces conventionnelles et plus de forces spéciales dédiées au partenariat de combat, réunies au sein de la force européenne Takuba. Aujourd’hui, elle compte quasiment 900 hommes et les Européens continuent de frapper à la porte. C’est un succès politique pour le Sahel et le Mali de voir ces Européens s’engager à nos côtés. Takuba va voir son commandement déménager de Ménaka à Gao dans les six mois.

La coopération sera accrue avec les partenaires locaux avec l’installation d’un PC avancé permanent à Niamey, plus près de nos partenaires.

Q: Cette réorganisation s’opère dans un contexte socio-politique tendu: tensions entre Paris et la junte malienne, signes d’hostilité au sein des populations locales, campagnes anti-françaises sur les réseaux sociaux… Cela est-il de nature à entraver les opérations militaires françaises au Sahel?

R: Il existe deux sujets de friction avec Bamako: les contacts avec (la société paramilitaire russe) Wagner et le calendrier politique de la transition. Les élections devaient se tenir en février, cela semble très improbable mais ce report du calendrier politique n’impacte pas les opérations militaires. Concernant Wagner, c’est un point d’inquiétude pour nous et nos alliés européens, qui peut avoir des répercussions majeures sur le dispositif militaire. Il y a des choses qui ne pourraient plus être faites si Wagner venait à se déployer.

Il ne faut pas tomber dans la situation qu’on a connue en République centrafricaine, où l’EUTM (mission de formation européenne) formait des forces armées qui étaient ensuite employées par Wagner, avec le mode d’action que l’on connaît et son lot d’exactions.

Sur le mécontentement: là où Barkhane est au sol, la population est heureuse de la sécurité que nous apportons. Mais certains au Mali et dans d’autres pays ne comprennent pas que les armées françaises n’arrivent pas à pacifier le Sahel. Je les comprends. Mais c’est juste impossible et ce n’est pas notre mission. Nous avons six avions de chasse, six drones et de 3.000 à 5.000 hommes pour une région grande comme l’Europe.

Je note aussi une instrumentalisation de ce mécontentement. Je ne dis pas que c’est la raison première mais certains, en Afrique de l’Ouest ou plus loin, ont intérêt à attiser la colère contre l’action militaire française.

Q: Quel est l’état actuel de la menace jihadiste en bande sahélo-saharienne, où la France se bat depuis près de neuf ans? Quelle attention portez-vous au risque de contagion jihadiste vers les pays côtiers?

L’EIGS (Etat islamique au grand Sahara) est en recomposition après l’élimination de certains chefs. Les chefs subalternes sont en train de discuter pour rebâtir une hiérarchie. C’est du temps gagné pour les forces maliennes et nigériennes. On peut espérer qu’il ne se recompose pas aussi facilement que cela même si je suis persuadé qu’il y arrivera. Le risque dans cette phase, c’est encore plus de violence de la part de ces petits chefs.

Le JNIM (nébuleuse jihadiste affiliée à Al-Qaïda) est beaucoup plus dangereux. Il est capable d’imposer une solution acceptable pour les populations dans le centre du Mali. Son enracinement durable, son recrutement endogène dans les zones délaissées est une stratégie qui fonctionne et qui descend vers le sud, dans le nord de la Côte d’Ivoire, le nord du Bénin, le nord du Ghana.

C’est bien cette contagion, combinée aux progrès des forces locales, qui a motivé la décision de transformer Barkhane. C’est un processus assez lent qui peut être entravé, mais ce n’est pas à Barkhane partout de lutter contre cela. C’est aux pays eux-mêmes.


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